52 ! MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
il va droit et tient mesure 1 sans empescement. Maisquant le maistre lieve sa main et se retire de la con-duite de Fore loge, comme dit est, il vient à discort,à ruyne et à perdicion de sa labeur. Et se nous vou-lons que l’oreloge de nostre charge et de nos affairessoit gouverné deuement et par raison, il nous faultrequérir et mériter par oroisons et par biens fais, àce.hault Dieu tout puissant, qui tient la période dumonde en sa main, qu’il nous vueille conduire, ensei-gnier et gouverner en tele maniéré que de la chargequ’il nous a donnée en gouvernement en ce monde,nous luy puissions rendre compte qui luy soit agréable.Et ne fault oublier que par vertus ensuyr sont lesroyaulmes et principaultez maintenues en honneur eten force, et par vices toutes seigneuries diminuées,pourries et mises à ruyne.
Revenant doncques à nostre matière, ung Roy futen Bourgoingne, nommé Cideric, lequel eut une seulefille nommée Clotilde. Ce Roy Cideric eut ung frerenommé Gondebault, qui fut homme subtil et de grantmalice. Luy, voyant que Cideric n’avoit qu’une fille,malicieusement et par cautele il s’accointa par dons,promesses, craintes et tous divers moyens des sub-jeetz puissans et principaulx du royaulme de Bour-goingne. Et tant fist par leur ayde qu’il mist son frerele Roy Cideric en prison, où il morut de dueil et demisere, et samblablement fist môrir la femme duditCideric. Ce Gondebault mist en ses mains Clotilde, saniepee, et se fist Roy de Bourgoingne par icelle tyrannie.
1. Lautens de Gand imprime « mesme », ce qui est moinsexpressif.