62 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
venient. Et furent [ces Anglois] si vertueux que lapartialité ne regarda pas ès courages des presens 1 ,mais vertu et constance, qui toutesfois n’est pas bienla coustume des Anglois. Et que plus fort fut 2 , quantle Roy d’Angleterre, pere du prince de Gales, futadverty du débat et dangier apparent advenir entreson filz et Phelippe de France, dit courageusement quel’on avoit mal fait de les départir et que celluy desdeux qui fut demouré en vie et victorieux de cestebataille, se povoit nommer et dire le plus vaillant filzde Roy s, voire le plus hardy chevalier du monde. Etde ce débat le Roy d’Angleterre fut si vertueux que,quelque accuse ou rapport qu’il fut fait 3 de ceste matière,il donna tousjours le tort à son filz [et semblablementfaisoit le Roy de France à Philippe, son filz], et firentces deux nobles Roys la paix par commandementexprès entre leurs deux filz, et pour la troisiesme foisle Roy d’Angleterre nomma Phelippe de France Phe-lippe le Hardy, et luy dure encores le nom, qui jamaisne mora.
Or, monseigneur, et tous aultres princes, vous povezveoir par cest acte deux poins qui sont à noter.Le premier que celluy qui joue à quelque jeu que cesoit doit bien avoir regart que la voulenté ou affectionne soit pas maistresse de la raison, car souvent iladvient que grans maulx en sont advenus 4 et peuventadvenir. Exemple de ces n nobles filz de Roys quipour sy peu de choses que pour la prinse d’une piece
1. « Que partialité ne régna pas en leurs courages, mais. »
2. « Davantage quand, etc. »
3. « Qui luy fut fait. »
4. « Car grandz maux en sont souvent advenus. »