80 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
que Nobiliter, bastard du Roy d’Albeline, à six millehommes bien armez, yroit les attendre au fleuve deJourdain, pour mettre les crestiens tous à mort, cedont fut adverty le conte de Flandres par les crestiens,gardans le Sainct Sepulchre, et luy fut conseillié deprendre autre chemin ; mais il parfeist son emprinseet se baigna au fleuve Jourdain et fi'st pluseurs cheva-liers. Nobiliter, le bastard, vint sur les crestiens fière-ment, mais le conte de Flandres, par bon advis etconseil et par la voulenté divine, combien qu’il n’avoit
nulles armes pour luy, ne ses gens, se mist en batailleet en bon ordre de deffence, et se monstra de sa per-sonne, comme il appertenoit. Et, par le racoragementet bon exemple qu’ilz virent ou conte de Flandres 1 ,ilz desconfirent les Sarrazins, et y morut trois millepayens et moult de personnes, et meismes y morutNobiliter, le bastard, chief d’icelle emprinse, par lamain du bon chevalier Phelippe, conte de Flandres. Etretint pour son butin de la journée l’espée et l’escududit bastard, et retournèrent les crestiens en Cesariepour eulx rafreschir ni ou mi jours, et pour medicineret garir les navrez, dont il y avoit grant plenté.
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Le Roy de Jherusalem et son frere Nobilion, Royd’Albeline, sceurent les nouvelles de la desçonfitureet de la mort de Nobiliter ; sy coururent aux armes, etse party de Jherusalem le Roy d’Albeline, à douzemille hommes, pour vengier la mort de son filz bas-tard et des Sarrazins, subjectz de son frere et de luy ;et sceut par son espie le convive des crestiens, et sevint embuschier entre Acre et la cyté de Cesarie,
1. « Que ses gens virent en luy. »