100 MÉMOIRES d’OLIVIER DE LA MARCHE.
Or, monseigneur, recueillez en vostre estornachet enrichissez vostre cueur de bonnes vertus, priseset cueillies ou vergier de voz ancesseurs, et sevices vous en sont racontez, mettez les hors de vostremémoire et aournez vostre souvenance d’exemples debienfaitz et non pas de vices, qui sont à nobles cueurshorreur abhominable. Ce prince fut moult vaillant,doux et débonnaire. Il creoit 1 conseil et sçavoit choisirserviteurs saiges et loyaulx. Il estoit dur à courousser,et ne se rapaisoit pas legierement, et, quant il pardon-noit aucun mesfaict, jamais il ne le ramentevoit après,mais il le mettoit hors de sa souvenance. Prenezexemple d’ensievyr ses bonnes meurs, et jamaishomme ne vous en dira note ne reproche, et je prieà Dieu que ceulx qui ont l’administracion de ce nobleet très crestien royaulme de France se conduisent sybien et si raisonnablement envers vous et voz pays,que vous ayez cause de demourer bon et entier Fran-chois, honnourant ce que devez honnourer, aymantce que devez aimer, et que vous puissiez garder foi,hommaige et feaulté selon les bonnes et anciennescoustumes, et que chacun puist avoir son droit et lesien, au contentement de Dieu, de justice et de bonneéquité. Or, pour monstrer que ceste paix n’estoitpoint fainte de sa part et qu’il vouloit se monstrerFranchoix, et aussy que les Anglois 2 , qui ne furentcomprins en ceste paix d’Arras, et, se comprins yfurent, ce ne fut pas comme ilz demandoient, ne seporent tenir d’aguillonner ce bon duc Phelippe, par
1. Croyait.
2. * Et qu’il estoit François de nom et de nativité avec ce queles Anglois... »