MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 101
mer et par terre, parquoy il se déclara contre iceulxAnglois, et mist le siégé devant Calaix 1 , et y mena qua-rante mille testes armées de la commune de Flandres,sans les aultres nobles et gens de guerre, avec mer-veilleux charroy d’artillerie et aultrement. Mais lesGanthois et autres communes de bonnes villes du platpays de Flandres ne porent longhement endurer lapaine de la guerre, et se murmurèrent 2 contre les sei-gneurs et nobles de l’armée, disans qu’ils estoient tra-liys et que les gouverneurs du duc les avoyent là ame-nez pour les faire morir. Et pour ce 3 , se levèrent parung matin et retirèrent chacun en sa maison, et haban-donnerent leur prince, la seigneurie et l’artillerie.Mais le bon duc se ralia avec ses gens de bien et seretira par bon arroy et honnourablement ; et n’est pasla première fois que, quant peuples sont les plus forsen une grande besongne, la conclusion en est souventde petit effect. [Ainsi] le vaillant prince [faillist à] cestehaulte emprinse 4 , et ne treuve point que ceste conc-queste de Calaix, depuis qu’il fut en la main desAnglois, aist esté emprinse 5 , depuis que le bon che-valier, messire JofFroy de Charny, cuida celle villeprendre et avoir par le moyen de Hemery de Pavye,lombart, qui le trahy, comme Froissart le raconte ensa cronicque 6 . Et doit tout noble coer loer et prisier
1. En juin 1436. V. Monstrelet, op. cit., t. V, p. 238 et suiv.
2. « Ains murmurèrent. »
3. « Pourtant. »
4. c Mais le vaillant prince priât ceste haulte emprinse. »(Ms. n* 2868.)
5. « Que cette forteresse de Calais, depuis, etc., aytesté prise. »
6. Froissart, liv. I, ch. lxviii, §317 à 321. — Geoffroy de Charny