MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 127'
ces choses advenues ne vescut gaires le bon duc Phe-lippe. Et fut vostre grant pere le [conte] 1 Charles, duc,et receu par toutes les seignouries dessusdictes délais-sées par son noble pere. Ce duc Charles se trouva oudangier de ceulx de Gand en armes sur le marchiet oùil estoit en personne. Mais depuis il les fist venir à laraison en la ville de Bruxelles, où ilz crièrent mercyde celle offense, rendirent leur baniere, et furent cas-sez et coppez devant eulx aucuns de leurs previleges.Et demourerent au traictié de Gavre, tel que le fist lebon duc Phelippe, son pere, quant il les eut desconfizet subjughiez. Et tantost que le bon duc fut trespassé,les Liegois se rebellèrent. Mais le duc Charles fist pres-tement une grosse armée et assiega la ville de Sain-trond que lesdis Liegois avoient pris sur luy. Et lesdisLiegois, conduis par aucuns des gens du Roy de France,vindrent pour lever ledit siégé. Mais le duc leur vintau devant entre Saintrond et ung.villaige que l’onnomme Brustem 2 . Et par son avant garde, en grantet puissant compaignie, furent iceulx Liegois desconfizet mors. Et ne se bouga le duc, ne la bataille, pourchose qu’ilz veyssent. Car l’on disoit que les Franchoisdévoient aydier les Liegois à puissance ; pour quoy labataille se tenoit serrée et entière. Et fut deux heuresde nuit quant la chasse de la bataille fut finée ; etretourna le duc en son logis et siégé devant Saintrond,et prist la ville par composicion après la bataille gai-gnée, car il la volt retenir pour luy pour la seureté deson pays de Brabant. Et tantost marcha contre la cytéde Liege, et de ce train prist Tongres, et entra en la
1. « Duc. » (Ms. n* 2868.)
2. Brunstein.