142 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
logis, et fist partir le duc de Loraine hors du pays etaller soy retraire en Àllemaigne. Et remist de nouvelle siégé devant Nansy, où le duc de Loraine avoit laissiébon nombre de bonnes gens de guerre qui bien gar-dèrent ladite ville, combien que le duc de Bourgoingnela fist puissamment battre et approchier. Et, duranticelluy siégé, le vint veoir le Roy de Portugal, sononcle, lequel il festoya grandement. Et advint que leduc de Loraine praticqua telement durant ledit siégéqu’il esleva dix ou douze mille Suysses et aultres Alle-mans, ses alyez. Et le Roy de France tacitement l’assis-toit et aydoit de gens et d’argent, et fist appréciervm° lances de ses ordonnances pour encloire le duc deBourgoingne, lequel il sçavoit estre diminué de genset de povoir pour les causes avant dictes et qui assezsontàconsiderer.EtlaveilledesRoys mille im° [septantesix, le cinquiesme jour] de janvier, lesdis Allemans luicoururent sus. Et le duc courageusement vint en sapersonne à l’encontre d’eulx, sans lever son siégé. Etje certiffie que la compaignie qu’il mena pour labataille avec luy ne fut que deux 1 mille combatans entoutes gens. Et de ces choses je parleray plus ample-ment ailleurs.
Ce vaillant duc assambla corageusement avec sesennemis et fut desconfit et mort au champ de labataille, [et] pluiseurs de ses nobles hommes mors oupris. Et fut ceste doloreuse journée la destruction évi-dente de la maison de Bourgoingne et l’amenrissementde vostre haulteur et seignourie. Car le duc Charlesne laissa pour tous heritiers que madame vostre mere,
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