Band 
Tome premier.
Seite
166
JPEG-Download
 

-166 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.

Roy de France en bien jeune caige. Mais les gouver-neurs qui avoient audivy 1 du temps du Roy Loys nemorurent pas avec leur maistre, mais demourerent engouvernement et tindrent main que les ennemis duRoy, vostre pere, fussent entretenus et favorisiez, pourtousjours affoiblir et diminuer vostre maison, et mes-mement les Ganthois et les Flamens rebelles. Et fai-soient 2 leur donjon de vous qui estiez à Gand enfantentre leurs mains. Et quant vostre noble pere vit qu’ilfailloit mettre la main à l’oeuvre et obvier à leurs cau-teles et malices, en sa personne, açompaignié de plu-sieurs nobles hommes, par hardement et saige moyen,gaigna la ville de Tenremonde en plain jour et la gardade pillaige et de murdre moult débonnairement. Etpuis se retira en sa ville de Bruxelles, et assez tostaprès le conte de Romont, açompaignié des Ganthoixet autres Flamens rebelles, se mist aux champs et tiracontre Bruxelles. Et à celle heure se trouva le Roy,vostre pere, petitement açompaignié, car toutes sesgens d’armes s’estoient retirez les ungs ès frontières,les aultres en leurs maisons. Et ceulx de Bruxelles nefaisoient pas grant faveur à vostre pere. Toutesfoix ilmanda secrètement ses amis, subjeetz et gens d’armesde toutes pars, et en peu de temps il fist armée pourcombatre ses ennemis. Mais quant le conte de Romontsentit la venue de vostre noble pere et rapprochementdes gens d’armes, il se retira et sa puissance contreGand. Et avant que les Flamens fussent rentrez enleur ville, ce vaillant et corageux prince prist et conc-questa sur eulx la ville de Audenarde par subtil moyen

). « Audivit, » faveur, autorité.

2. « Lesquels faisoient. » V. infra, Mémoires, liv. II, cli. xi.