168 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
sans fruit et sans exploit. Et s’en retournèrent lesdisambassadeurs en France, et tousjours de plus en plusfurent lesdis rebelles favorisiez par les Franchois. Maisce noble [et] vertueux prince demoura en force decourage, et, pour ce que le conte de Romont avoitmarchié près de Audenarde acompaignié des Flamenset des Franchoix qui vindrent recevoir sauldée desFlamens, vostre bon pere assambla gens et vint entrerà Audenarde. Et pour ce que le sieur Descordes, àgrosse compaignie des Franchoix, estoit entré enFlandres pour aydier les rebelles, cestüy vostre perese traveilla à son povoir de le rencontrer et combatre,et pareillement le conte de Romont et sa puissance.Mais trouver ne pot ne l’un ne l’autre, car ledit contede Romont se tenoit clos en ung fort avantageux lieu.Et le seigneur Descordes entra et sa compaignie en laville de Gand, par quoy ne se peurent trouver enbataille ne en lieu convenable, Et toutesfois le quistvostre pere jusques devant les portes de Gand, et syfist vostre pere emprise en sa personne pour prendrela ville de Gand moitié d’assault, moitié d’emblée. Ets’il eust esté servy et obey 1 de cescun comme d’aucuns,il en eust assayéla fortune qui estoit chose conduisable.
Or ay je dit comment fut pour celle fois demenée etconduite celle guerre. Et se peut on esmerveilliercomment ces deux grosses bendes de Franchoix et deFlamens et l’armée et puissance de vostre pere, plainede noblesse et de bons gens d’armes, se peurent dépar-tir sans eulx lourdement rencontrer et sans la bataille,veu que chacun party fut puissant assez pour combatre.
1. Deux mots manquant dans Sauvage.