MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 173
aultres, pour accompaignier le Roy, vostre noble pere,et vous, comme je diray ailleurs, quant temps et lieuen sera. Et après iceulx gens de piet marcha le Roy,vostre pere, vous d’emprès luy, et toute la seigneurieet les gens d’armes à cheval. Et fut vostre pere maistreet seigneur de la ville de Gand à celle fois, pour enfaire à son bon plaisir et vouloir, et alla logier en sonhostel à Gand, et vous avec luy. Et furent les gensd’armes, tant de piet que de cheval, logiez par la villeen pluseurs rues et maisons, et fut celle journée toutepaisible sans apparence de nulle mutacion. Mais quantvint sur le soir, et que ceulx de Gand se veirent logiezavec gens estranges en leurs maisons contre leur gré,ilz coururent au marchiet et s’assamblerent le plus qu’ilzpeurent, et le Roy, vostre pere, fist mettre gens d’armesau devant d’eulz pour savoir qu’ilz vouloient faire. Etfurent toute la nuit sus bout et ceulx de Gand et ceulxde nostre party, combien que les Ganthois estoientmerveilleusement effreé et ne sçavoient où bien estre.Et vouloient aucuns des seigneurs et des capitainesque, sur le point du jour, l’on leur courut sus et quejamais à plus juste tiltre, ne à plus grant puissance, nepourroit Gand estre subjughée ; mais aultres des sei-gneurs et des cappitaines estoient pour ceulx de Gand,et meismes vostre noble pere avoit ce regart qu’ilestoit entré par amytié en la ville, et ne vouloit souf-frir que, pour la follye d’aucuns mauvais garchons, sipuissant ville fut destruite. Et toutesfois marcha le ducsur le marchiet au poisson et jusques au devant de1 ostel de la ville, car les sieurs de la ville estoient bonspour luy. Et n’est point à doubter que ce populairemal conduit, sans sens et sans raison, estoit deflfait