274 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
armures, dont il avoit grand nombre; et chevauchoientloing de luy, en la conduicte d’ung grand estendardarmoyé d’ung grant aigle au millieu, et tenoient moultbel ordre ; et faisoit moult bel estrange veoir ce grantnombre de targes en diverses peinctures, et ces blondzcheveulx de ces Behaignons et Àllemans qui reluisoientcontre le souleil, et sonnoient les clairons du Roy àl’abordée. Mais les trompettes du duc de Bourgoingnene sonnèrent, depuis qu’il veit les enseignes du Roydes Rommains. Le jour fut assez bel, et à l’aprochereust grant presse de chevaulx d’ung cousté et d’aultre,et s’arresta le Roy des Rommains en une plaine 1 ; et
1, Dans son Histoire de l’église de Besançon, t. I, p. 265, Dunoda publié le récit de cette entrevue d’après un manuscrit écrit, dit-il,la même année. Ce récit diffère sur quelques points de celui d’Oli-vier de la Marche qu’il complète ou rectifie. II en résulte que Philippele Bon entra à Besançon le lundi avant la Toussaint, 29 octobre1442, à six heures du soir, suivi de 2,200 chevaux et de sa noblessesans armes. Le « mercredi de Toussaint, » 31 octobre, au soleilcouchant, Frédéric, qui était alors âgé de vingt-sept ans et demi,entra à Besançon, avec 600 chevaux, par la porte de Maupas. Lesgouverneurs de la cité étaient allés à sa rencontre jusqu’à Tarce-nay, à deux lieues. Il y trouva l’archevêque, les abbés de Saint-Paul et de Saint-Vincent ; on le harangua en latin et en allemand,et M' Pierre-Léonard Mouchet lui offrit les clefs delà ville. A unedemi-lieue de Besançon, avant la Vèse, se trouvaient M. deClèveset le seigneur d’Arguel, et à la Vèse même, Philippe le Bon,sans armes, avec ses archers armés.
Les deux princes s’abordèrent au-dessus de Pierre-Écrite, dansune combe. Le roi des Romains et le duc descendirent de chevalet celui-ci mit un genou en terre. Puis ils remontèrent sur leurscoursiers, et partirent, l’empereur passant devant.
Entre les deux portes de Notre-Dame, les gouverneurs do laville prièrent le roi des Romains de prêter serment de garder leslibertés de la cité ; il répondit que « si il feroit. » En entrant,on plaça sur sa tète un « patron » ou dais de drap d’or, porté parLéonard Mouchet, Jean Clervau, Jean Woilland et Jean Le Blanc,