278 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
subjectes ou tenues, c’estoit comme de l’Empereur, etnon pas comme du Roy des Rommains; et touteffoisje crois la première raison plus vraye.
Tant cheminacellenoblecompaignie, qu’ilz arrivèrentà l’entrée de la cité, et là les citoyens apportèrent ungpâlie de drap d’or, porté par les plus notables bourgeoisd’icelle cité, soubz lequel pâlie entra le Roy des Rom-mains ; et à la vérité travailla beaucoup, et mist grantpaine de faire que le ducdeBourgoingneentrast avecquesluy soubz ledit pâlie. Mais le duc ne le voult pointfaire, mais chevauchoit au senestre costé du Roy, lateste de son cheval aussi avant que la cuisse de celluydu Roy. Toute la noblesse, tant de l’empire commede Bourgoingne, chevauchoient en belle ordonnance.Là estoit le digne arcevesque de Besançon 1 à pied, eten procession tous les prelatz et les gens d’eglise dela cité, portans relicques et choses devotes, au devantdu Roy : et tant cheminèrent qu’ilz arrivèrent aupalays, où le Roy descendit, et le duc avec luy,lequel convoya le Roy en l’eglise et en sa chambre, etpuis printcongié, et s’en revint en son hostel. Et n’està oublier que Simon d’Oursan, ung gentilhomme de laconté, comme mareschal heritier de l’Empereur àBesançon, eut le cheval du Roy, de son droit.
Chascun jour visitoit le duc de Bourgoingne le Roy,et le dimenche suyvant, fit le duc ung grand et richedisner où le Roy et les seigneurs de sa compaigniedisnerent, et ay bien souvenance que le duc portacelluy jour une echarpe d’or garnye de balais et de
1. Quentin de Flavigny, dit Ménard, archevêque de Besançonde 1438 à 1462. C’était un prélat très aimé de Philippe le Bon.