PRÉFACE.
XXXIX
dire qu’amis et ennemis ont vécu sur le sol et sur l’habitant, me-nant bombance après les jours de disette, se payant de l’abstinencepar la débauche, de la faim par l’orgie, faisant le mal pour le mal,par habitude, et parce que l’homme, dans les grandes crises,retourne bien vite à ses instincts d’origine, qui sont ceux d’unebête méchante. L’Allemagne se couvrit de ruines de villages et devilles; en plus d’une province, où l’on avait abattu jusqu’auxarbres, reparurent la broussaille, le fauve et l’anthropophage.
V. L’Allemagne après la paix de Westphalie. — Quand lesdiplomates de l’Europe, après cinq années de cérémonies, eurentenfanté la paix de Westphalie, il se trouva que l’Allemagne futofficiellement ouverte à l’étranger. Le roi de Suède, comme le roide Danemark, entra dans la Diète en qualité de prince alle-mand ; le roi de France, à qui des territoires allemands étaientdévolus, devint membre de la Ligue du Rhin, préparée par lui. Lasouveraineté des princes et des villes de l’Empire fut reconnue,et l’autorité impériale réduite à rien : les hautes puissances con-tractantes eurent le droit de maintenir cette anarchie qu’ellesavaient organisée, car elles étaient garantes de la paix de West-phalie. Aussi l’Allemagne ne respira-t-elle pas longtemps aprèscette terrible guerre. Bourbons et Ilabsbourgs s’y rencontrent,chaque fois qu’une guerre éclate en Europe : guerre de Hollande,guerre de la coalition d’Augsbourg, guerre de la succession d’Es-pagne, guerre de la succession de Pologne, guerre de la succes-sion d’Autriche, guerre de Sept ans. Elle a été pendant deux sièclesun champ de manœuvres. Et c’était un sujet de dérision que cesaint-empire romain germanique, qui « n’était ni saint, ni empire,ni romain, ni germanique », dont les revenus payaient à peine latoilette de l’empereur, et qui, en toute affaire, se présentait « enretard d’une année, d’une idée, d’une armée ».
Cependant deux États grandissaient dans ce malheureux pays,deux ennemis, dont la rivalité avait commencé à déchirer l’Alle-magne, mais nous retrouverons tout à l’heure la Prusse et l’Au-triche, qui sont plutôt des puissances européennes que des pro-vinces allemandes. Dans la période précédente, nous avons, ausortir de l’Allemagne, tourné nos regards vers l’Est, pour passerensuite en Occident, et nous y arrêter, parce que l’Occident étaitle principal théâtre de l’histoire européenne; dans la périodemoderne, les plus graves événements se passent en Orient et c’est