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Histoire générale de l'Europe par la géographie politique / par Edward A. Freeman ; traduit de l'anglais par Gustave Lefèbvre
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PRÉFACE.

là que l’Europe se transforme le plus. Intervertissons donc l’ordreétabli, et passons d’abord en Occident.

VI. Progrès de la France dans la zone intermédiaire. —Qu’est devenue la zone intermédiaire entre Allemagne et France? LaFrance naturellement y a poussé sa fortune. Au midi, elle s’estagrandie, sous le règne d’IIenri IV, des petits pays gagnés sur leduc de Savoie. Au centre et au nord, elle a prélevé le prix de sesvictoires sur les Habsbourgs des deux branches. L’héritier des ducsde Bourgogne a voulu, lorsqu’il s’appelait Charles-Quint, reprendrela Bourgogne : il n’y a point réussi, quelque obstination qu’il yait mise, car il a été aussi entêté Bourguignon que le roi deFrance a été Visconti entêté, et ces premiers héros de la poli-tique moderne avaient la tête remplie des idées de l’âge précé-dent. Quand le roi d’Espagne eut recueilli la succession bourgui-gnonne, après l’abdication de Charles-Quint, le roi de Franceessaya de lui enlever des provinces qu’un lien tout factice unissaità l’Espagne. Louis XIV conquit la Franche-Comté, mais des Pays-Bas il ne put que détacher des parcelles, l’Artois et quelques villesde Flandre.

Sur l’Allemagne, la France a gagné d’abord les trois évêchés deMetz, Toul et Verdun, puis l’Alsace sans Strasbourg, puis Stras-bourg. Ce n’est point par pure violence qu’elle a fait ces acquisi-tions : celle de Metz, Toul et Verdun a été consentie par desprinces allemands, qu’Henri II avait soutenus dans leurs révoltescontre Charles-Quint; l’Alsace a été acquise par Richelieu avecl’armée qui s’en était, pour ainsi dire, rendue propriétaire. Bienque je ne veuille point justifier tous les procédés de la politiquefrançaise, ni reporter à ce temps, si différent du nôtre, les sen-timents qu’éveille en nous aujourd’hui le nom d’Alsace, je puisdire au moins que les Français du xvn* siècle n’ont pas arrachédes hommes à leur patrie. Il n’y avait pas alors, à vrai dire, de ;patrie française; encore moins y avait-il une patrie allemande. La Jpolitique et les armes de la France n’ont point taillé dans la chairvive.

La prise de possession des Trois Evêchés et de l’Alsace rendaitinévitable l’acquisition de la Lorraine, c’est-à-dire de ce nobleduché qui avait gardé le vieux nom de Lotharingie. Il fut, autemps des guerres entre les Bourbons et les Ilabsbourgs, bien sou-vent occupé par nos armes, avant de devenir enfin partie inté-