XL VI
PRÉFACE.
devenir une brillante société militaire ; mais elle avait gardé deson origine féodale un caractère terrien. Ses chefs ne servaientqu’aux armées, et « l'amiral », tant qu’il y en eut un, fut le plussouvent un marin de cour. Paris paraissait d’au tant plus éloignéde la mer que les frontières du nord et de l’est étaient alorsplus rapprochées; Versailles enfin, où s’endorrruit la monarchie,n’était pas même baigné par une rivière, et il fallut des travauxd’IIercule pour y amener de l’eau potable.
XII. L’Espagne et l’Angleterre. — Les deux autres puissancesoccidentales fournirent sur l’Océan une carrière plus brillante quela France.
Les temps modernes ont vu s’achever l’unification de l’Es-pagne, la monarchie unique et absolue substituée aux diversesmonarchies féodales, l’Espagne entraînée dans les destinéescomplexes de la maison d’Autriche. Il est difficile d’estimer leprix dont elle a payé cette brillante fortune, qui l’a tirée hors deses voies naturelles. Nous savons déjà comment elle a perdu sesannexes européennes ; ce fut là son moindre malheur, car l’effortque ses rois exigèrent d’elle pour défendre en Europe l’étrangesituation que leur avait donnée la politique matrimoniale, lafatigua, puis l’épuisa, fille exploita ses colonies à outrance, etfut bientôt incapable de les protéger.
L’empire colonial anglais eut une tout autre fortune. A tra-vers bien des crises, guerres civiles et religieuses, révolutionssanglantes, l’Angleterre avait assis sa constitution de pays libre.Ici, comme en France, maints débris étranges du passé subsis-taient — on les voit encore aujourd’hui, —■ mais au lieu qu’enFrance c’était la volonté du roi qui faisait l’unité dans le chaos,l’unité était faite en Angleterre par la nation, représentée dansles deux chambres de son parlement par sa double aristocratie.Lorsque le parlement fut tout à fait le maître, il ne permit plusaux rois de revendiquer à tort et à travers des droits sur tout oupartie de la France, comme avaient fait les Tudors, ni de compro-mettre le pays dans les affaires de l’Europe, comme avait faitHenri VIII, pour parader sur le théâtre européen, et contraindrele pape à lui pardonner son divorce; ni de vendre au roi de cFrance, comme avaient fait les Stuarts, la politique de leur pays, afind’employer le prix du marché dans leur lutte contre les libertés»publiques. Dès que l’Angleterre s’appartint, elle fit ce qui convenait