150 LA CRISE MILITAIRE DANS TOUTE l'eUKOFE.
paraître à la suite des tribuns, si ce n’est des conqué-rants, des usurpateurs, des capitaines, en un mot, descondottieri qui se placent entre les anciennes et lesnouvelles dynasties? Dans tous les royaumes, le règnedes gueux suscite celui d’un soldat, et nous voyons laFrance sous les ducs de Bourgogne, l’Angleterre sousdes usurpateurs tragiques, les Douglas en Ecosse, Alva-rez de Luna en Castille, le commandeur d’Avis dans lepalais royal de Lisbonne. La Hongrie emprunte sonSigismond à l’étranger ; la Pologne son Jagellon à laLithuanie; la Castille son Ferdinand à l’Aragon ; la diètegermanique son empereur intermédiaire entre la fa-mille détrônée de Bohême et la famille réparatrice desHabsbourg au royaume limitrophe de Hongrie. Lespeuples s’arrachent les hommes d’épée : point de fierténationale, dès qu’il s’agit de capter un batailleur; sur cepoint, l’orgueil des Français fléchit comme celui deshumbles habitants d’Assises ou de Foligno. Que si ondemande une contre-épreuve générale et toute provi-dentielle, comme on dit, de l’intime connexion entre lemouvement des plèbes et celui des soldats, la granderévolution de l’artillerie, adoptée par tous les peuples,montre que dans cette période les masses s’emparaientde l’art de détruire les hommes. C’est avec des bom-bardes que les Génois attaquaient Chiozza; c’est avectrente-quatre canons qu’en 1397 les Milanais marchaientà la conquête d’unité italienne; c’est avec l’artillerieque les Anglais envahissaient la France en renversantchevaux et murailles, et le mousquet, ou, comme ondisait, le canon à main, se propageait pour abattre lechevalier du moyen âge, jadis invulnérable et désor-mais exposé comme un simple piéton aux coups desmanants. Que si le canon devient la raison dernière des