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I.A DÉCADENCE DANS LES VILLES.
Milan, une rétrogradation aristocratique à Gênes et lestroubles d’une incorrigible féodalité en Corse, à Flo-rence elle détruisait la seigneurie, la centralisation,l’impartialité, tout le travail d’un siècle, toute la civi-lisation des Médicis, et la république qu’elle enfantaitparaissait si faible et si insignifiante à Charles VIII lui-même qu’il l’insultait à Pise ci laquelle il rendait l’indé-pendance, et à Florence même où il exigeait une ran-çon de 20,000 florins. Une bourgeoisie, qu’on appelaitgrasse, et qui s’intitulait le peuple pour constituer uneoligarchie bouffie d’orgueil, régnait avec des idées ri-dicules et des formes tumulluaires, en étalant enplein jour ce qui aurait dû rester caché au fond dupalais, de sorte que sa liberté servait de garantie auxplébéiens et aux amis des Médicis, devenus gibelinspour pousser les guelfes aussi loin que possible dansla voie du passé. C’était un spectacle à la fois bizarreet surprenant, couronné par l'apparition de FraGcrolamo Savonarola dominicain de Ferrare, majes-tueusement fanatique, d’une crédulité infinie, d’uneaudace à toute épreuve et d’un tact exquis, qui luipermettait de parcourir sans danger toutes les ré-gions de l’absurde. Ses prophéties semblaient se vé-rifier à la lettre, ses menaces surnaturelles parais-saient venir de Itieu : à l’entendre, on aurait cru quele ciel ne s’occupait plus que de protéger la républi-que de Florence; aie regarder, il offrait un milieuindécis entre la fourberie et la démence. Autrefois, pré-dicateur hostile aux Médicis; plus tard, réformateur ducouvent de Saint-Marc, il avait annoncé pêle-mêle forcedésastres qui auraient puni les Florentins endurcisdans leurs péchés, et, quand il s’y attendait le moins,il se trouva prophète, dictateur et réformateur. Sa chaire