404 l’itauf. pendant les réactions religieuses.
temps, les arrangements que la crédulité considéraitcomme éternels, les jonctions accidentelles où le pro-grès semblait joint à jamais avec la république ou lamonarchie, avec la religion ou l’irréligion, avec lasévérité ou la clémence, et en général avec une série dethèses dont les antithèses faisaient le bonheur d’unefoule de peuples également civilisés.
Au-dessus de cette foule de médiocrités mystérieuses,deux dominicains, à la devise du cheval blanc, repré-sentent le génie italien. L’un est Bruno, le Moïse dupanthéisme; les flammes de l’inquisition l’entourentd’une auréole éternelle, et du haut de son bûcher, lestables de Lulle à la main, il fait tournoyer la danse uni-verselle des choses et des pensées, dominant sans cesse,par le grand art des abstractions, les merveilles visibleset invisibles où le créé et l’incréé s’identifient sans con-naître le néant. Arrivé à ce dernier degré d’initiationmétaphysique, où le grand et le petit se confondent ets’effacent dans l’infini, il enfante, par une sorte d’explo-sion phosphorescente de points indivisibles, cette plu-ralité des mondes que l’astronomie osait à peine entre-voir, et que la religion lui faisait expier par la mort, afinde sauver le drame traditionnel de la chute de l’hommeet de l’incarnation de Dieu. Les dialogues, la prose, lesvers, le latin, l’italien, l’hymne et l’expression triviale,donnent des formes variées à son inspiration, et safacilité prophétique passe dédaigneusement l’étroitejustesse et l’artificieuse indépendance de l'expositioncartésienne.
Encore plus martyrisé, le second dominicain, Campa-nella, chef du soulèvement des Calabres, passe vingt-sept ans dans la captivité, traîné dans cinquante pri-sons, enseveli dans des basses-fosses, suspendu pendant