410 L’ITALIE PENDANT LES REACTIONS RELIGIEUSES.
l’un contre l’autre trois royaumes au profit du genrehumain; la main pesante du sbire le précipite-t-elle aufond d’un cachot, il pleure et ses cris de douleur setraduisent en strophes d’une mélodie mâle et guer-rière pour annoncer la fin de la vieille poésie, des dieuxmenteurs, de l’antique imposture, des Pharisiens duchristianisme, de la Jérusalem romaine, de la languelatine qui garde les erreurs du passé, des fausses cano-nisations qui trompent les fidèles et de la fausse divi-nité des pontifes qui égare tous les peuples, les ca-tholiques comme les opposants. Le nouveau Dieu estné non loin de Rome, dans une nouvelle Nazareth,dans une pauvre maison de Slilo.
A d’autres la satisfaction académique de fronderCampanella, de compter les taches du soleil, de mon-trer ses incorrections, ses opinions inconvenantes,ses idées qu’on n’aurait pu admettre dans un parle-ment ou que Pitt et Fox n’auraient pas approuvées ; àd’autres la tâche de l’accuser, de vouloir s’emparer dugouvernement, d’après l’ingénieuse devise : Ote-toi delà que je m’v mette ; ou d’affecter un ridicule étonne-ment à propos de ses vues sur la destinée des femmes,ou sur l’ambition de Condé, ou sur les Stuarts d’Ecosse,ou sur le roi d’Espagne, ou sur le pape de Rome. Noussavons à quoi nous en tenir sur cette sagesse morale quiprévoit tout, hormis les révolutions, les coups d’État etles guerres, ces trois éléments de l’histoire. Le géniede Campanella sera toujours l'expression symboliquede la réformation conçue au point de vue de l’Italiequi laisse tomber un regard de dédain sur Luther ;et sa Cité du Soleil nous offre le millénium qui de-vient philosophique en écrasant les protestants; larépublique de Platon qui s’universalise avec l’attrait