Buch 
Précis des campagnes de Turenne 1644-1675 / [H. Turenne]
Entstehung
Seite
59
JPEG-Download
 

— 39 —

prince du sang et avait, pour ses débuts, remporté àRocvoy une si brillante victoire, qu’il se trouvait im-plicitement désigné pour « la mission la plus difficilequi puisse être confiée à un général : ramener la vic-toire sous les drapeaux d’une armée vaincue (') » —et en effet, trois années de suite, sur des théâtresdifférents, la même tâche devait lui être assignée. —Ici, pourtant, il convient de remarquer que Turennen’était pas vaincu, mais seulement dans l’impossibilitéde vaincre, et cela parce que la cour lui en avaitmarchandé les moyens : il avait besoin d’un peud’argent et de quelques renforts, mais nullementd’un sauveur. Non seulement la réorganisation, mêmeincomplète, d’une armée presque entièrement fonduedepuis sa déroute, lui avait fait grand honneur, et ilavait montré là qu’il avait vraiment appris du ducde Weimar à faire « quelque chose de rien », maisencore ses débuts, si peu heureux qu’ils eussent été,n’atteignaient en rien la réputation qu’il s’était déjàacquise en Italie.

(') Duc d’Aumale, op. cit. — L’historien — et l'héritier — dela maison de Condé trouve tout naturel que Turenne, après sonéchec, ait été remis en sous-ordre, dès l’instant que c’était levainqueur de Rocroy qui exerçait le commandement. On nouspermettra néanmoins d’admirer l’abnégation dont fit preuve lemaréchal, qui, en somme, n’avait point démérité. Répondant àMazarin, qui lui annonçait l’arrivée du duc d’Anguien (non sansprécautions toutefois, car si l’un était de sang royal, l’autre appar-tenait à une maison souveraine), Turenne s’exprimait ainsi : “ Jeme tiendrai très honoré d’aller servir sous M. d’Anguien avecquelque corps que ce puisse être, et que Votre Eminence s’assureque mon intérêt particulier ne me sera jamais rien à l'égal dubien du service. » Nous ne savons si le maréchal était au fondaussi « honoré » qu’il le dit; mais à coup sur, il n’a jamais rienécrit qui Yhonorût davantage.