— 204 —
Pour réparer ce petit échec, dont les Espagnols firent plus debruit qu’il ne convenait, le Roi décida qu’on irait mettre le siègedevant Lille, place très forte et bien munie dont la prise devaitjeter plus d’éclat sur les armes françaises que les conquêtesfaciles qu’on avait faites jusque-là. L'investissement commença le10 août et la tranchée fut ouverte dans la nuit du 18 au 19. Legouverneur, comte de Croy, homme énergique et expérimenté,fit une belle défense, et, comme un corps de 6,000 hommes auxordres de Marsin, l’ancien lieutenant de Condé, s’avançait ausecours de la place, Turenno fit venir du Luxembourg le corpsdu marquis de Créqui. Enfin, après cinq vigoureuses sorties quitoutes furent repoussées, les assiégeants demandèrent à capituler :le 27 août, le Roi prit possession de la villo, qui no devait plusêtre séparée do la Franco. Quant à Marsin, que sa faiblessenumérique avait empêché de rien tenter, il s’était mis en retraitesur Bruges dès qu’il avait appris la reddition de Lille; mais sonarrière-gardé fut rejointe et mise en déroute par un corps docavalerie aux ordres des marquis do Créqui et do Bellefonds; cetterencontre, qui coûta aux Espagnols 500 tués ou blessés et1,500 prisonniers, devait être la seule affaire en rase campagnede la guerre “ de dévolution ».
On pensait que l’armée royale marcherait ensuite surBruxelles, ou bien irait faire le siège do Gand et de Bruges; maisla saison était très pluvieuse et l’état sanitaire des troupes s’enressentait; Turenno jugea donc prudent de suspendre les hosti-lités; dans les premiers jours de septembre, lo Roi était de retourà Saint-Germain. Cependant l’ennemi ayant réoccupé Alost, queles Français n’avaienî pas cru devoir garder, lo maréchal marchasur cette place, qu’il emporta de vive force, on perdant, il estvrai, 500 à COO hommes. Ce fut le dernier événement notable dola campagne do 1667.
Comme elle n’avait pas suffi à amener l’Espagne à la paix,,Louis XIV résolut de porter la guerre sur un autre théâtre. Aumois de janvier 1668, une armée de 20,000 hommes envahit laFranche-Comté; mais ce n’était plus Turenno qui était à sa tête :Louvois, jaloux du maréchal, avait fait donner lo commandementau prince de Condé. La résistanco fut encoro plus nullo qu’enFlandre : Besançon, Salins, Dole capitulèrent coup sur coup, eten trois semaines la province entière fut soumiso. Ces rapidessuccès, et plus encore l’ambition que Louis XIV commençait àrévéler, inquiétèrent l’Angleterre, la Hollande et la Suède, quiconclurent la triplo alliance de la Haye, et offrirent leur média-