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Précis des campagnes de Turenne 1644-1675 / [H. Turenne]
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mentation du roi de France; mais Louis XIV comptait sur laforce de ses armes bien plus que sur la bonté de ses raisons.

La monarchie espagnole était tombée dans un état de déca-dence lamentable; dépourvue d’agriculture, d’industrie et decommerce, elle ne possédait plus ni argent, ni marine, ni armée.Après avoir eu des armées formidables sur tout le continent,c’est à peine si elle pouvait entretenir dans les Pays-Bas uneffectif de 20,000 hommes, dont une grande partie devait êtreimmobilisée dans les places, lesquelles étaient d’ailleurs fort malpourvues. Contre ces forces plus que médiocres, la Francodirigea une armée de 53,000 hommes, la plus considérablequ’elle eût mis sur pied depuis longtemps. Le gros, aux ordresde Turenne et avec lequel marchait le Roi, était fort de35,000 hommes (25,000 fantassins et 10,000 chevaux); il devaitpénétrer en Flandre par la vallée de la Sambre. En outre, deux« camps volants » ou corps secondaires, commandés par le maré-chal d’Aumont et par le marquis de Créqui, étaient destinés àopérer, l’un à gauche sur le littoral, l’autre à droite dans leLuxembourg; le premier était fort de 8,000 hommes, le secondde 10,000.

Le 10 mai, Turenne vint se mettre à la tête de l’armée princi-pale, rassemblée en Picardie; le 16, Louis XIV, accompagné doson nouveau ministre de la guerre, le marquis de Louvois, rejoi-gnit le maréchal, sous lequel il voulait apprendre, disait-il, lemétier de la guerre; huit jours après, les opérations étaientcommencées. Tandis que d’Aumont s’emparait de Bergues, deFûmes et des autres places de la Flandre maritime que le traitédes Pyrénées avait rendues à l’Espagne, Turenne s’avançait parAvesnes sur Charleroi, que le marquis de Castel-Rodrigo, gou-vernéur des Pays-Bas et commandant en chef des troupes espa-gnoles, abandonnait à son approche. En se retirant, l’ennemiavait fait sauter les fortifications; Louis XIV donna ordre de lesrétablir et toute l’armée y fut employée pendant quinze jours,sous la direction de Vauban. Quand la place fut remise en étatde défense, Turenne se dirigea sur Ath, qu’il occupa sans coupférir, puis sur Tournai, qui fut pris en deux jours (23 juin). Delà, il se rabattit sur Douai, dont la résistance fut un peu pluslongue; investie le 30 juin, la ville capitula le 6. Dans le courantde juillet, on prit encore Alost, Courtrai et Audenardo (ces deuxdernières places se rendirent au maréchal d'Aumont) ; mais onéchoua devant Dendermonde, qui était protégé par une forteinondation.