Buch 
Précis des campagnes de Turenne 1644-1675 / [H. Turenne]
Entstehung
Seite
321
JPEG-Download
 

— 321 —

guerre qui était « en état de répliquer ». Toutefois,après avoir fait la part de la responsabilité quiincombe à ce conseiller trop écouté de Louis XIV,dans les malheureux événements de la campagnede 1673, on ne saurait dissimuler celle qui revient àTurenne lui-même. Sans aller jusqu’à dire, commeBoutourlin, que la conduite du maréchal « ne futqu’un enchaînement de fautes », il faut reconnaître,avec les Commentaires de Sainte-Hélène, que, ma-nœuvrant généralement trop loin de l’ennemi, iln’a presque jamais su pénétrer les véritables desseinsde son adversaire, ni pu, par conséquent, les pré-venir : au lieu de régler ses mouvements sur ceux deMontecuccoli, il s’est laissé égarer par cette idéefausse — devenue chez lui une idée fixe — que l’ob-jectif des Impériaux n’était, ne devait être quel’Alsace, alors qu’un examen un peu plus attentif dela situation lui eût démontré que, pour les alliés, levéritable but de la guerre ne pouvait être atteint quesur le bas Rhin et par la jonction des armées impé-riale et hollandaise. Une telle erreur est bien faitepour étonner de la part d’un des hommes de guerrequi ont possédé au plus haut degré le sens straté-gique, et elle est d’autant plus inexplicable qu’en1672, dans des circonstances analogues, il avaiténergiquement résisté aux instances du Roi et deLouvois, qui voulaient précisément lui faire com-mettre une faute identique. « Cette faute, dit Napo-léon, fut un nuage pour sa gloire, et c’est la plusgrosse qu’ait jamais commise ce grand capitaine. »