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Précis des campagnes de Turenne 1644-1675 / [H. Turenne]
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comte de Souches eussent réussi à concerter leursopérations : l’armée hollando-espagnole restait immo-bile aux environs de Bruxelles, tandis que l’arméeimpériale s’approchait de la Meuse avec une lenteurdont aurait pu profiter Condé. Celui-ci, occupantavec 60,000 hommes une position centrale entre lesdeux masses ennemies, aurait certainement eu beaujeu à les battre l’une après l’autre. Mais le prince —vieilli et malade, il est vrai — resta lui-même pen-dant les mois de mai, juin et juillet dans une inactionabsolue et ne fit pas un mouvement pour empêcherla jonction de Souches avec le prince d’O range,laquelle s’effectua tout à loisir, le 28 juillet, entreNamur et Louvain.

Toute traînante et tout indécise qu’eût été lamarche de l’armée impériale du Rhin à la Meuse,elle n’avait pas laissé de causer en France de vivesinquiétudes. Ce fut bien pis lorsqu’on apprit queSouches, parvenu enfin à Namur, paraissait vouloirremonter la Meuse jusqu’à Givet, et Louis XIV futsur le point de prescrire à Turenne d’abandonner nonseulement la ligne du Rhin, mais encore l’Alsace,pour l’appeler sur la frontière du Nord menacée. Ilva sans dire que le maréchal combattit de toutes sesforces ce projet malencontreux : « ...' Si l’ennemiétait maître de l’Alsace, ayant Strasbourg derrière,disait-il, il y demeurerait tant qu’il lui plairait, por-terait la guerz’e en Lorraine et en Champagne, etdans peu de jours on songerait à soutenir Toul... Jedirai à Votre Majesté que je suis persuadé qu’il fau-drait mieux pour son service que j’eusse perdu unebataille que si je repassais les montagnes et que je