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Précis des campagnes de Turenne 1644-1675 / [H. Turenne]
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tirant vers les montagnes», dit-il au jeune Saint-Hilaire, fils du lieutenant général commandantl’artillerie : « Allez-vous-en le long de ce front recon-naître les endroits propres à bien poster votre artil-lerie, et vous y mènerez votre père aussitôt qu’ilsera arrivé, afin qu’il juge s’ils sont convenables etqu’il y fasse conduire le canon, car dans peu cetteaffaire-ci pourra devenir sérieuse ('). »

Une canonnade assez faible s’engagea bientôt d’unbord à l’autre du ruisseau qui séparait les deux ar-mées. Toutefois, le maréchal n’était pas encore bienassuré que Montecuccoli fût déterminé à tenir ferme,et comme on voyait en ce moment même les bagagesdes Impériaux filer en arrière vers les montagnes, ilcraignait que l’ennemi n’eût pris position que pourlui en imposer et ne se dérobât ensuite à la faveur dela nuit. Il prit ses dispositions en vue de cette éven-tualité et, vers midi, écrivit au Roi qu’il comptaitattaquer l’armée ennemie en queue, lorsqu’elle com-mencerait sa retraite. Ce fut sa dernière dépêche.A deux heures, on vint l’avertir qu’une colonne alle-mande, composée de cavalerie et d’infanterie, mar-chait vers une tuilerie qui se trouvait un peu enavant de la droite française. Jugeant que ce n’étaitqu’une manœuvre destinée à lui faire prendre lechange, il ne s’en préoccupa pas autrement, et se

(') Mémoires de Saint-Hilaire. La relation très circonstanciéeque Saint-Hilaire a laissée des derniers moments de Turenne, nefait aucune mention des mots : « Enfin, je le tiens ! » que laplupart des historiens mettent dans la bouche du maréchal,lorsqu’il vit Montecuccoli disposé à livrer bataille. Ces parolessont d’ailleurs peu conformes au caractère du grand capitaine, simodeste et si réservé.