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lllSTOIRE NATURELLE.
Tant que cet animal a vecu, on n’a pu lui faire prenclre pour nourriture que du riz cuit, prepareen boulettcs froides ; mais il buvait beaueoup d’eau; il refusait constamment toutes sortes de fruits,tels que bananes, ananas, mangas, eoncombres. Il ne lAchaitpas de mordre, mais paraissait user deses bras vigoureux comme unique moyen de defense, et sc fier particulieremcnt ä l’extreme force deses mains. Nous ne mettrons point en parallele de ecs observations tont ce qui a ete avance, dansles ecrits, relativement aux habiludes des jeunes individus eleves en eaptivite, n’ayant d’autre but,dans ce memoire, que de faire connaitre l’orang-outang ä l’etat sauvage.
Lorsque les Daiaks decouvrent dans les forets une femelle avec son nourrisson, ils tächent de tuerla mere avec des (leches empoisonnees, afin de se rendre maitres du jcunc animal, qu’ils conserventassez facilemcnt en vie au moyen de riz bouilli, de bananes, etc. A cet Age, ils sont tres-friands dela canne A sucre, boivent avec avidite de l’eau sucree, et mangent le sucre de palinier et du tebou;plus avances en Age, on les accoutume ä se nourrir de fruits, et, plus tard, de viande bouillie ourölie; mais ce regime leur est souvent fatal; ils suceombent tres-promptcment sous rintluencc d’uneatmosphere differente de celle de leurs humides forets Äquatoriales; tout changement de climat etde temperature, meme dans les regions tropicales, leur est fatal. Les Daiaks ne tächent pas de s’em-parer des vieux, apparemment parce qu’ils savent par experience que leur nalurel est indomplableautant que leur force est redoutable. Lorsque la retraite d’un orang-outang est decouverte, ils tä-chent de l’atteindre en lui lancant des (leches empoisonnees, jusqu’ä ce que l’animal, saisi con-vulsivement par la force du poison, se laisse tomber ä terrc, oü ils l'achevcnt avec de longuespiques.
Quelques races de Daiaks, particulierement ceux de la partie occidentale et meridionale de Bor-neo , sont tres-friands de la chair de l'orang, et ils lui font une chasse assidue. Aussi, les pour-suites dont cet animal est l’objet contribuent ä l’eloigner de plus en plus des licux populeux, desbords des ileuves, et ä le relegucr dans l’interieur des forets, quoique par goüt il aime A se fixerpres des cours d’eau.
Lorsqu’un orang a ete tue par des (leches empoisonnees, les indigenes enlövent de suite une par-tie des cliairs A l’entour des blessures, puis ils depouillent l’animal, le coupent par morceaux, etmettent soigneusement de cütc la graisse, qu’ils estiment beaueoup pour la cuisson de leurs aliments.Ils font rötir la chair sur des hrasiers, ou la coupent par tranches, qu’ils font seclicr au soleil, etqu’ils designent alors sous le nom de dinc/tHM/. La peau leur sert A faire des jaquettes ou des bon-nets de forme grotesque, dont ils s’affublent les jours de feie, ou pour sc donner un air redoutable.Les mäles de forte tadle sont ordinairement tres-gras; leur poids est souvent de nalure A faire laCharge de trois ou quatre hommes. La chair est blanche et mollc, mais eile a, comme celle des au-tres singes, un goüt douceAtre qui repugne au palais d’un Europeen.
Lorsque l’orang se sent blesse grievement, il monte incontinent A la cime de l’arbre sur lequel ilse trouve ; et, lorsque cet arbre n’est pas assez eleve, il passe sur un autre qui puisse mieux le mettreA l’abri des armes. Pendant l’ascension, il fait entendre sa voix mugissante, semblable A celle de lapantherc. Pour produire ces sons, il avance les deux levres en forme d’cntonnoir; mais, lorsque savoix devient plus sourde et bourdonnante, il ouvre la bouche et fait entrer l’air dans la poche gut-turale fortement tendue. Il ne montre pas les dents A son adversairc, comme le font quelques autrescspeces de singes, et ne fait aucun usage de cette arme puissante pour mordre, sa verilable forceresidant uniquement dans ses museles; car malheur A qui serait enlace par ses bras vigoureux.
Ne pouvant assouvir sa rage contre son ennemi, il s’en prend aux branches de l’arbre sur lequel ilse trouve, casse des büehes de la grosseur du bras et les lance A terre, de fafon que toute la cimed’un arbre est souvent devastee pendant cette ascension tumultueuse.
Il est probable que cette maniere de fuir a pu fournir matiere A tous ces contes exagöres, que l'o-rang lance des projectiles A son ennemi, ce qui est completcment faux; car los grosses branches qu’ilcasse dans sa furie echappent aussitöt de ses mains et tombent A terre. Cela est bien eonnu desDaiaks, et les chasseurs de M. Müller, dont l’un avait tue sept de ces animaux et l’autrc trois, assu-rent que l’homme ne court aucun danger dans cette attaque.
A Borneo , l'orang n’a pas d’autre ennemi que l’homme, car le tigre longibande (felis macrocelis),le plusgrand des carnassicrs de l’ile, est moinsgrand que la panthere, et ne pourrait l’attaquer avecsucces; bien moins encore l’ours des cocotiers (arsus malaijanus), qui attaque rarement l’homme et