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QUADRUMANES.
menses forets du pays. La maniere dont il grimpe aus arbres et se promene sur leurs branchespresente eette apparenee de flegmc et de circonspection reflechie que l’on ne trouve pas cliez lesautres quadrumanes; mais ils sont plus eil rapport avcc les mouvcments de l’homme. A l’aide de sesbras tres-allonges, on le voit saisir les branches, et il se cramponne par les pieds; et la force mus-culaire de ses membres lui donne le moyen de supporter le poids de son corps. C’cst toujours enavaneanl avec prudence et circonspection qu’il passe d’un arbre ä l’autre, ayant soin de choisir l’en-droit oü leurs rameaux s’entrecroisent; il les reunit, s’etend de toute sa longueur sur cetle especede pont improvise, et en essaye la solidite par des secousses avant d’en risquer le passage; saprudence attentive ne l’abandonne pas, meme dans l’ardeur de la fuite ; lorsqu’il est poursuivi, c’estplutöt par la ruse, cn se cachant dans le feuillage ou glissant d'un arbre ä l’aulre, qu’il parvient äs’echapper; jamais par des sauts hasardes ä des distances considtirables, comme le 1’ont les hylo-batcs; ces derniers out dans leurs pieds de devant le principal moyen de locomotion et d’ascension,tandis que ce sont ceux de derriere qui fonctionnent principalement dans les mouvements de l’o*rang, ä tel point, que la fracture ou la paralysie d’un des membres posterieurs peut lui devenir fa-tale, en ralentissant beaucoup ou empechant sa fuite. Ses mouvements ä terre sont bien moins agilesque sur les arbres; alors, la position oblique plutöt que verticale de son corps rend sa marchequadrupede vacillante et genee; ä terre, il ne saurait echapper ä la poursuite de l’homme, qui l’at-teint tres-facilement ä la course. Le corps se trouve alors penehö en avant, reposant sur les brasfaiblemcnt flechis au coude;et, dans eette position, il ressemble ä un vieillard courbe sous le poidsdes ans, et s’aidant de bequilles. 11 ne peut pas etendre la paume des mains ni les doigts ä terre,mais les tient tournes en dedans et les doigts flechis; ee qui fait que la marche a lieu sur la partieexterne des mains, l’exlremite du pouce appuyant ä terre. Les mains inferieures ont les doigts cour-bes interieurement, de maniere ä les poser ä terre sur le cöte externe, le talon seul touchant le sol,tandis que les doigts recourbes appuientpar leurs premieres phalangcs. Toutes les ligures represen-tant l’orang debout sur les pieds de derriere ont une pose forcee, contraire ä la nature, comme ilest. egalemcnt faux que cot animal puisse se defendre contre l’homme avec aucune arme offensive :bätons, branches ou pierres.
Comme la nourriture de l’orang est essentiellemcnt frugivore, il s’ensuit que les lieux qu’il choi-sit pour demeure sont determines par l’abondance ct la maturite des especes de fruits auxquels ildonne la preference, et que ce gen re de vie le rend plus ou moins nomade ; c’est ainsi que l’orangse monlre dans les parties meridionales de l’interieur de Borneo , et qu’il fait son apparition sur larive droite du Dousson, dans la mousson de Fest, ou les mois d’avril et de mai, et qu’on ne l’y voitpoint durant le reste de l’annee; et c’est aussi ä eette epoque que mürissent les fruits du fwus in-fccloria, dont l’orang et quelques autres especes de quadrumanes sont tres-friands; independam-ment de ces fruits et de plusieurs autres especes de ligues, la nourriture de l’orang consiste encorecn bourgeons, fleurs ct jeuncs feuilles d’arbres et d’arbustes de ces contrecs. Un vieux male, tue parnos voyageurs, pres de l’cmbouchure du Sampiet, sc trouvait avoir dans l’estomac des bandes d’e-corces d’arbres d’un ct de deux pieds de longueur, et des semences, restes non digeres du fruit queproduit le sandonenm indiciim.
Les Daiaks assurent qu’il ne fait aucun usage de nourriture animale ; c’est ce que nos naturalistesont ete ä meine de verilicr sur les individus tues, et ce qu’ils ont pu observer sur un orang male,haut de quatre pieds, qui a vecu environ un mois en eaptivite, malgre des blessures faites par desfleches empoisonnees. Cet orang n’a jamais voulu toucher ä quelque nourriture que ce füt du regneanimal, soit vivantc, crue ou cuite. Lorsqu’un etre vivant, un poulet, par exemple, l’approchait detrop pres pour le deranger, il le saisissait, et le lanyait loin de lui avec un air visible de meconten-lement.
Cet orang ctait extremement sauvage, et, quoique souffrant de plusieurs blessures, il etait in-abordable ; son oeil pereant, son regard farouche ct son extreme force musculaire, le rendaient re-doutable; il etait faux ct mechant, toujours accroupi, faisant entendre un fort grognement; il sclevait lentemeut, ct saisissait le moment opportun pour se lancer avec impetuosite sur l’objet qui luiportait ombrage, dirigeant, le plus souvent, une main vers la figure des personnes les plus rap-prochees des barreaux de sa cage. Dans toutes ses actions, on remarquait une certaine sagacite re-flechie.