QUADRUMANES. 151
traitablc, ct bientöt, eomme les autres especes de macaques, il so refuse A toute soumission. Lesbons ct les mauvais traitements sont sans effet sur lui : aussi incapable de confiance que de crainle,le besoin de son independance est, pour ainsi dire, le seul qu’il puisse eprouver, et l’etat penible oiice sentiment le jette, lorsqu’on le reveille trop fortement en lui par de mauvais traitements, ne tardepas ä le plonger dans la tristesse, et ä le conduire au marasme, et enfin A la mort; si, au contrairc,on le laisse en paix dans son esclavage, il s’y habitue, mais toute activite cesse en lui; assis sur sonderriere, les bras appuyes sur ses genoux, et les mains pendantes, il suit, d’un regard stupide, cequi se passe aulour de lui, et, si le besoin de la faim ou de l’amour ne venait pas de temps A autrele tirer de cette espece de lelhargie, sa vie se passerait, en quelque sorte, dans un etat intermediaireentre la vie des plantes et celle des autres mammiferes : ses fonctions vegetatives s’operent encorc,mais, excepte les sensations, toutes celles qui dependent de rintelligence cessent; n’ayant plus desentiments, son esprit n’a plus d’idees. Au contraire, le rnagot en liberte est peut-etre un des ani-maux qui reunissent, au plus haut degre, la vivacite et la variete des sentiments; aussi n’en est-ilguere qui aient plus de petulance, et dont l’intelligence soit plus active et plus penetrante; et sesqualites, jointes au mode d’Organisation qui disting'ue les magots, donnent, A ces animaux, sur lesautres, une teile superiorite, qu’ils finissent par dominer en maitres dans les contrees oü ils s’etablis-sent. Reunis en troupes nombreuses, ils couvrent les arbres des forets, attaquent ouvertement lesennemis qu’ils se sentent la force de eombattre, et eloignent, par leur nombre et l’importunite deleurs cris, ceux qu’ils pourraient redouter; ils n’ont A craindre que les especes de chats de taillcmoyenne, qui, cn montant aux arbres comme eux, viennent les surprendre dans le silence et l’ob-scurite de la nuit. Cependant, malgre ses nombreux moyens de Conservation, cette espece ne paraitpas occuper une grande etendue de pays; rien ne prouve encore qu’elle soit sortie des limites de laBarbarie et de l’Egypte, et des parties meridionales de l’Espagne . Si Von a assure le contraire, c’est-ä-dire qu’elle se rencontre dans toute l’Afrique, ä la Chine , aux Indes, on l’a fait, il nous semble, sanspreuve süffisante; et, jusqu’A ce que des notions plus prccises aient 6te acquises sur ces animaux, ondoit regarder les contrees septentrionalcs de VAfrique comme leur patrie principale.
Le magot appartient au genre tres-naturel auquel le macaque a donne son nom. Son rnuseaularge et saillant, ses yeux rapproches et enfonces sous d’epais sourcils, le peu d’etendue de sonfront, la brievete de son cou, ses fortes canines et son corps epais, ramassö, font deviner, au pre-mier aspect, son naturel grossier et sauvage. Tous ses sentiments, peut-etre, se manifestent sur lafigure par une seule grimace dans laquelle, en tirant ses joues, il retröcit ses levres et montre sesdents; seulement on le voit, quelquefois, temoigner son contentement en remuant la mächoire infe-rieure, et en faisant un petit bruit avec sa langue.
Cet animal a huit incisives tranchantes ä cliaque mächoire, deux canines et cinq molaires. Les dcuxpremieres de ces dernieres dents ont deux tubercules ä leur couronne; les trois autres en ont quatre,excepte la derniere de la mächoire inferieure, qui en a cinq : eile est terminee par un talon qui l’a-grandit sensiblemcnt. Leurs yeux, dans toutes leurs parties, sont semblables A ceux de l’homme, ainsique l’oreille, dont la conque, cependant, s’allonge cn pointe, sans toutefois se ployer encore encornet. Le nez n’a presque rien de saillant, et les narines, semblables ä deux fentes, forment, entreeiles, et ä peu pres, un angle droit. La langue est doucc. les levres minces, mais tres-extensibles,et les joues ont, en dedans de la bouclie, les poches que Von connait sous le nom d’abajoues. Lesfesses ont des callositcs, mais elles ne sont point nues comme celles des cynocephales, et il n’y apoint de queue. Les mains et les pieds ont cinq doigts, avec des ongles plats et des pouces distincts,tres-devcloppes aux pieds et tres-petits aux mains.
Le magot marche habituellement A quatre pattes, mais sans aisance; il est surtout conforme pourgrimper, comme tous les autres quadrumanes, aussi monte-t-il aux arbres avec une etonnante faci-üte; pour se reposer, il s’assied; et, lorsqu’il veut dormir, il se eouehe sur le cötö, ou, restant assis,il laisse retomber sa tete entre ses jambes de derriere; il porte ses aliments A sa bouclie avec sesmains, ou bien il les ramasse avec ses levres; ct il approclie de son nez, pour le Hairer, tout ce qu’ilne connait pas, ou tout ce qui lui est suspect; il s’habitue A toutes les nourritures; dans son etat denaturc, il vit principalement de fruits ct de feuilles. Les aliments qui lui conviennent le mieux enesclavage, ce sont les fruits, du pain, les legumes cuits, surtout les carottes ct les pommes de terro;il boit en liumant. Lorsqu’il est cn colere, ses niAcboires se remuent avec une etonnante rapidite,