QUADIilJMANES. 159
Los quadrumanes qui consiitucnt ce gcnre ont des rapports si intimes, qu’011 est d’abord frappe '■de lenr ressemblance. En effet, les habitudes de leur corps, les mouvements de leur physionomieles proportions et les relations de leurs membres, tout annonee qu’ils sontdela meme famille, et cepremier jugement est confirme par un examen plus attentif de leurs Organes. Cette uniformite denature n’a eependant ete reconnue que dans ces derniers temps; ce sont Georges Cuvier et GeoffroySaint-Ililaire qui ont, les premiers, separe ces quadrumanes des autres singesavec lesquels, jusqu’a-lors, ils avaient et 6 confondus. C’est que le caractere de la queue, que Linne employa pour grou-per ces animaux, ne pouvait point produire de divisions naturelles. Pour qu’un organe, clioisi d’a-vance, represente une collection d’individus, c’est-A-dire pourqu’il rende necessaire tout le Systemeparticulier d’organisation propre A cliacun d’eux, il faut qu’il ait une importance teile, que son ab-sence entraine, dans les autres parties, des changements fondamentaux; or, la queue est, clicz lessinges de l’ancicn monde, un Organe tout A fait inutile, que ces animaux n’emploient A rien et qu’011ne peut considerer que comme un organe rudimentaire. C’est pourquoi aussi ce meme caractere nepeilt etre clioisi pour representer les cynocephales, apres que ces animaux ont ete reunis par la con-sideration de l’ensemble de leurs Organes, parce que ce qu’ils ont de particulier dans la queue leurest commun avec quelques autres singes, qui, d’ailleurs, ne leur ressemblent aucunement.
Georges Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire prirent l’angle facial pour caractere distinctif des groupesqu'ils formerent dans la famille des quadrumanes hlrangcrs A l’Amhrique. Ce caractere, qui repre-senlait, en quelque sorte, la capacite du cerveau, et par cons 6 quent l’etcndue de l’intelligenee, avaittoute l’importance desirable; et il serait impossible d’en preserire un meilleur, s’il ne variait pasavec l’Age , et si les jeunes individus ne differaient pas considerablement, A cet egard, des individusadultes. C’est cliez les cynocephales que cette difficulte est le plus sensible, aussi a-t-elle conduit Areunir les jeunes cynocephales aux guenons et surtout aux macaques. Pour eviter les erreurs oü l’onpourrait etre entraine par la consideration exclusive de 1 ’angle facial, j’ai propose de joindre A cecaractere la structure des dents et la Situation des narines, qui se prolongent jusqu’A l’extremite dumuseau, parce qu’il n’y a, parmi les singes, que les cynocephales et les macaques qui aient un talonA la partie posterieure des derniercs molaires de la mächoire d’en bas, et que, jusqu’A present, lespremiers sont les seuls quadrumanes dont les narines soient ainsi prolongees, tout en etant depour-vus de mulle; et, quoique ces caracteres 11’aient ete donnes que par l’observation des cynocephales,ils sont assez intimement lies A l’organisalion pour qu’il soit permis de penser qu’ils conviendrontcncore A ceux qu’on pourra decouvrir par la suite. En effet, la structure des dents, les narines,ont des rapports tellement necessaires avec les Organes du goüt et ceux de la digestion, qu’eiles enseraient, en quelque sorte, les representants; d’ailleurs, la structure des dents derive immediatementdu naturel, et a toujours offert les caracteres secondaires les plus generaux et les plus fixes.
Tous ces singes ä tete de chien parviennent A une taille elevee et qui egale au moins celle du loup;ils annoncent, par leurs proportions, la vigueur et l’agilite, et, par leur physionomie, la ferocite etl’emportement, mais aussi l’iutelligence et la penetration. C’est du melange de ces qualitcs que seforme leur naturel, dont le trait caracteristique est une extreme mobilite de sentiments. On peut lesvoir passer, dans l’espace de peu d’instants, de l’affection A la menace, de la colere A l’amour, del indifference A la rage, sans qu’aucune cause apparente rende raison de ces changements subits; etleurs passions sont susceptibles de s’exalter au point d’eteindre en eux les prineipes meines de la vie :j’en ai vu plusieurs expirer des suites de leur colere. Ils offrent, sans contredit, l’exemple du plusgiand developpement que puisse atteindre cette faculte de l’activitc animale qu’on designe sous lenom de passion, de sentiment. En liberte, leur intelligence corrige, ou plutöt empeehe, ce develop-pement; ils reconnaissent tout ce qui peut leur nuire, l’evitent avec soin, et, joignant la penetrationA l’adresse, savent A la fois reconnaitre leur ennemi, eventer ses pieges, et, inalgre Iui, satisfaireleurs desirs. Aussi, quoique feroces, ils n’altaquent jamais que de loin, soit en menacant par descris, soit en jetant des branches d’arbre, et ils devastent une plantation avec une prudence et unepromptitude telles, qu’a moins de la surveiller sans cesse 011 ne peut les en empecher. Toutefois,lorsqu’uu danger les presse, ils savent user de leurs forces et de leurs armes. J’en ai rapporte unexemple frappant en donnant la description du chacma; mais cet exemple peut encore servir A faireconnaitre la penetration naturelle A ces animaux. Le chacma qui blessa si dangereusement son gar-dien, parce que relui-ci le menacait d’un bAton, n’avait jamais ete frappe. Arrive tres-jeune A notre