182 UISTOIUE NATURELLE.
alors le premier reprend son discours, et ce n’est qu’apres I’avoir ecoute bien attentivemerit qu’ilsse separent et levent la seance.
Quelques voyageurs assurent que les luirleurs se taisent lorsqu’on approchc d’eux; quelques au-tres affirment, au contraire, qu’ils redoublent alors lcurs cris, et font un bruit epouvantable, quidcvient leur principal moyen de defense quand on les altaque. Ils clierchent en meme temps a eloi-gner l’agresseur en lui jetant des branches d’arbres, et aussi en lancant sur lui leui's excrements,apres les avoir repus dans leurs mains.
La peau de res singes est employee, au Bresil et dans les Cordilieres, pour recouvrir les sclles etle dos des mulets; mais leur chair parait etre d’un godt peu agrealde, quoiqu’on l’ait comparee acelle du lievre. Comme ils se ticnnent toujours sur les branches elevees des grands arbres, les lle-cbes et les armes ä feu peuvent seules les attcindre; encore, avcc leur secours meme, a-t-on beau-coup de pcine A se procurer un certain nombre d individus, paree que, s’ils ne sont pas lates sur lecoup, ils s’accroebent avec leur queue a une brauche et y restent suspendus, meme apres leur morl.
Les lemelles des hurleurs, de meme que celles des autres singes americains, ne paraissent pointsujettes ä 1’ecoulement periodiquc; et eiles ne font qu’un seul petit, qu’clles portent sur leur dos.D’Azara assure que, lorsqu’on pousse pres d’elles de grands cris, elles abandonnent leurs petitspour s’enfuir plus rapidement; et quelques autres voyageurs rapportent aussi des observations d’oiiil resulterait que l’instinct de Tamour matcrnel a sur elles beaucoup moins de pouvoir que sur toutcsles autres fcmelles de singes. Cependant on trouve, dans le grand ouvrage de Spix sur les singesdu Bresil , un fait dont ce voyageur nous dit avoir 6te lui-meme temoin, et qui tendrait faire adop-ter une opinion toute contraire. Ayant fait d une femelle une blessure morteile, il la vit continuer aporter son petit sur son dos jusqu’a ce qu’ellc lut epuisee par la perle de son sang; se sentant alorspres d’expirer, eile rassembla le peu de forces qui lui rcstait pour lancer son precicux fardeau surles branches voisines, et tomha presque aussilöl; trait qui, ajoute Spix, supposc une Sorte de rellexion.
Enlin un autre auteur alTirme aussi que les femelies de hurleurs sont remarquables par leur atta-chement pour leurs petits, et qu’on ne peut se procurer de jeuncs individus qu’eu tuant leurs meres.Le meme auteur ajoute que ces singes savent s’entr’aidcr pour passer d’un arbre ou d’un ruisseau äl’autre, et que, lorsqu’un individu est Blesse , on voit Ics autres s'assemblcr autour de lui et metlreleurs doigts dans la plaie comme pour la sonder; alors, si le sang coule en abondance, Tun tient laplaie fermee, pendant que d’autres apportcnt des feuilles qu’ils machent et poussent adroitcmeritdans l’ouverture pour arreter l’hemorragie. .le puis dirc, ajoute l’autcur que nous citons ((Exmelin,1 li stoiredcs avcnturiers), avoir vu cela plusieurs l’ois, et l’avoir vu toujours avec admiration.
Les hurleurs vivcnt en troupes nombreuscs, et se tiennent habituellement sur les arbres; on pre-tend meme qu’ils n’cn descendent jamais. Spix aftirme qu’ils sont monogames; mais le contrairesemble resulter des observations de d’Azara. Ils sautent avec agilite d’une brauche a l’autrc, et selancent sans crainte de haut en bas, bien certains qu’ils sont de ne pas tomber jusqu’A terre, et des’accrocher oü il leur plaira, au moyen de leur queue A la fois longue, bien flexible et robuste. Ilsse nourrissenl de differentes especes de fruits et de feuilles, et l’on assure qu’ils mangent quclquc-fois aussi des insectes.
Bien loin de redouter le voisinage des grands antas d’eau, comme le font un grand nombre desinges, ils se plaisent dans les forets les plus rapprochees des ileuves et des marais; c’est ce qui aetc verifie egalement au Paraguay par d’Azara; au Bresil, par Spix; et a la Guyane , par un observa-tcur que Buffon eite sans le nomrner, et qui est tres-vraiscmblablement le voyageur de Laborde.Enlin M. de Humboldt, dont l’autorite suflirait seule pour etablir ce fait, l’a constate dans plusieursparties de LAmerique espagnole. ün ne doit donc pas s’etonner, quoique la plupart des singesappartiennent cxclusivemenl aux regions continentales, que quelques lies renferment des hurleurs.
Enlin, en terminant ce qui concerne les hahitudes des hurleurs, nous dirons que ce sont des ani-maux tristes, lourds, paresseux, farouches, et d’un aspect desagreahle. II est rare, pourcette raison,et sans doute a cause de leur voix, qu’on chcrche les npprivoiser; et il est plus rare encore qu’ony reussisse. Ils jiaraissent, en effet, s’hahituer tres-dil’licilement a vivre en domesticite; et c’est ce<{ui nous explique pourquoi on ne les amene jamais vivants dans uos climats, rnalgre la freqitencedes relations commerciales de l’Europe avcc plusieurs des regions americaines oü ils sont le plusromniuns. (Lessok.)