PAPILLONS.
7
VER A SOIE. SERICARIA MORI. Auctoruin.
/
Ce Lüpidoptere, Ie Bop6u£ des Grecs et le Bombyx des Latins, a recu de Linne , lors de la cr^ationde la nomenclature zoologique binaire, le nom de Bombyx mori, qui rappelle en meme temps sadenomination aneienne et le mürier, sur lequelvivent ses Chenilles. Fabricius, Ilubner, Godaert ettous les anciens entomologistes lui out conserve le meme nom, que les naturalistes modernes, commenous l’avons dejä dit, ont change en celui de Sericaria mori. II est vulgairement appele Ver ä soie,denomination que Geoffroy a adoptee dans son llistoire des Insectes. Le Papilion est d’assez petitetaille, car l’envergure des ailes n’a ä peu pres que 0 m ,030; ses ailes sont d'un blanc sale, rose, tirantlegerement sur le jaunätre : les superieures ornees, cliez le mAle, d’un croissant et de deux lignestransversales brunätres qui se prolongent quelquefois sur les inferieures; les antennes sont grisä-tres. La Chenille, ou le Ver A soie proprenient dit du vulgaire, est blanchäire, et a beaucoup d’ana-logie avec la Chenille des Sphingiens; eile est epaisse, avec la tete petite : le premier anneau de soncorps est tres-renfle, et l’avant-dernier est muni d’un tubercule qui a quelque ressemblance avec lacorne'que l’on remarque cliez les Sphinx. Le cocon, qui eontient la ehrysalide, est assez gros re-lativement au volume de l’lnsecte parfait; il est ovale, et forme d’un fil soyeux soil blanc, soit jaunedore, soit vevt-pomme.
On designe sous le nom de Seres (du mot persan ser ou zer , qui veut dire or) un peuple qui sem-blait, dans l’antiquite la plus eloignee, faire son occupation speciale de l’industrie de la soie; maisä quelle peuplade faut-il attribuer d’une maniüre positive cette denomination de Seres? Les nom-breuses reeherches des savants n’ont pu Aclaircir ce point d’une maniere compiüte; faut-il appliquerce nom aux Tartares orientaux, ou plutöt, ce qui parait plus probable, faut-il penser qu’il est ques-tion, sous cette denomination, du peuple chinois? En effet, tous les auteurs s’accordent ä dire quela patrie primitive du Ver ä soie et du mürier blanc, qui le nourrit, est la Chine , et c’est du sein decette vaste contree que ce precieux Insecte s’est repandu partout oü il existe aujourd’hui. Les liisto-riens chinois font remonter 4 une epoque tres-reculee la decouverte de l’art d’elever, de multiplierleVer 4 soie, et de fabriquer des etoffes avec le fil brillant dont il forme son cocon. Selon eux, l’impe-ratrice Lou'i-Tsen, femme de Hoang-Ti, qui monta sur le tröne pres de trois mille ans avant l’ürechretienne, fut chargee par cet empereur d’elever des Vers 4 soie et de faire des essais pour em-ployer la matiAre de leurs cocons 4 fabriquer des tissus. Lou'i-Tsen fit ramasser une grande quantitüde chenilles de ces Lepidopteres , qu’elle nourrit elle-meme avec des feuilles de mürier; apres plu-sieurs essais, eile obtint un succes coinplet, trouva la maniere de devider la soie et de s’en servir,puis eile en fit faire des etoffes sur Iesquelles eile broda des fleurs et des oiseaux.
De la Chine , la culture des Vers ä soie et celle des müriers, que nous verrons toujours liees l’une äl’autre, passürent lentement, et par les relations rares entre les peuples dans ces temps recules, dansles Indes et en Perse, oü «lies restürent bien des siecles avant de parvenir en Europe. On ignore ä quelleepoque la soie fut introduite en Grece ; mais ce qui est certain, c’est que ce ne fut qu’apres le regned’Alexandre, et peut-etre meme par suite des conquetes de ce roi, qui put rapporter des etoffes desoie du royaume de Darius. Les anciens Romains ne connurent pas la soie; ce n’est que sous lesPremiers empereurs, ou peut-ütre ä la fin de la republique, lorsque les victoires de Lucullus et dePompee reculürent les bornes de l’empire jusque dans l’Orient, que les Romains virent pour la pre-miere fois des tissus faits avec ce fil precieux. Les etoffes de soie furent, pendant plusieurs siecles,d’un prix excessif ä Rome , meme lorsque cette ville etait maitresse d’une grande partie du monde;et ces etoffes se vendaient au poids de l’or. Sous Tibere , il fut defendu aux hommes, par un dücret,de porter des habits composes de cette matiere Heliogabale fut le premier empereur qui porta deshabits de pure soie; car, jusque-lä, le luxe, meme le plus effrene, n’osait l’employer qu’en la melantavec d’autres matieres. A l epoque que nous venons de citer, et encore pendant pres de trois Centsans, les Romains ignorerent quelle etait la nature de ce fil brillant et precieux, et 4 quelles especesd’etres on devait sa production, ou du moins ils ne le surent que bien imparfaitemcnt. Les auteursanciens, Aristote, Pline, Herodote, Theophraste et quelques autres, ne connurent qu’imparfaitementla production de la soie, et semblent meme quelquefois l’attribuer ä un arbre, probablement au co-tonnier. Il parait meme que 1 ile de Cos produisait une Chenille vivant sur le cypres, le terebinthe, le