260 IIISTOIRE NATURELLE.
dents verticales, habituellement ecartees les unes des autres; la peau velue, d’un jaunätre plusou moins rembruni, devient d’autant plus noire qu’on s’eleve vers le Nord, et vers le soixante-dixieme degre, il n’est pas rare de trouver des Hyperboreens presque aussi noirs que les Ethiopiens;les cheveux sont noirs, plats, durs, gros; la barbe est rare. Chez les hommes lavoix, ayantbeaucoupde rapport avec celle des Negres, est tres-grele.«Les fernmes sont hideuses, dit Rory, et c’est peu t-etredans le dessein d’en ameliorer la progeniture, que leurs maris les offrent ä tous les etrangers que lehasard conduit dans leur triste sejour : eiles sont comparativement plus musclees et ä peu pres dela taille des hommes; leurs mamelles, molles et pendantes, en forme de poire des les premiers tempsde leur developpement, deviennent, comme chez les Ethiopiennes, si longues qu’elles peuvent etrejetees par-dessus les epaules pour allaiter les enfants, ordinairemenl portes sur le dos; le bout dusein est grand, long, rugueux et noir comme du charbon. La nubilite vient tard...; eiles sont abso-lument glabres, excepte sur la tete.»
Ces peuples sont sedentaires par nature et tres-attaches au lieu de leur naissance, n’emigrant,selon les Saisons de peche ou de chasse, que dans les provinces limitrophes: on en a vu perir dansies pays tempe’res oü on les avait emmenes; inhabiles ä la guerre, et, par consequent, tres-paci-Bques, c’est en vain que Gustave-Adolphe chercha ä former un regiment de Lapons; l’arc et lalieche, Tarbalete et le javelot sont les armes dont ils se serventdans leurs chasses. Ils n’avaient ori-ginairement ni religion ni culte, mais seulement quelques pratiques superstitieuses; c’est ainsi queles Chamans ont une grande puissance sur l’esprit des Lapons; les Angekoki sur celui des Esqui-maux; aujourd’hui le christianisme commence ä penetrer dans leurs hordes, et, par leur extremedouceur, il les a trouve prepares ä l’accepter. Rarement malades, ils arrivent ä la mort sans passerpar letat de de’crepitude, et neanmoins dans un äge avarice. Beaucoup d’entre eux ont fait du Chienleur compagnon fidele et leur auxiliaire : ils Tattellent ä leurstraineaux, Tassocient ä leurs travauxde pAche, et parfois meme s’en servent pour leur nourriture. Ils ont aussi asservi le Renne, quileur fournit son lait, sa chair, fraiche ou fumee, et sa peau, et ils ont pu en former des troupeauxdomestiques. Ils savent -naviguer avec une enorme vitesse dans leurs petites pirogues, excellentdans l’art de prendre le poisson, qu’ils mangent frais, mais de preference, assure-t-on, desseche oupourri, et vainquent souvent les plus grands cetaces. Ils preferent, dit-on, la graisse de ces ani-maux ä tout autre matiere alimentaire, se delectent aussi de l’huile qu’ils en expriment, s’enenduisant le corps, ce qui leur donne une odeur desagreable, et dont ils boivent la quantite quene consume pas leur lampe pendant les longues nuits de leur hiver. Ils fabriquent avec des aretesde poissons torrefiees et broyees, avec des licliens, l’ecorce des jeunes bouleaux et de pins qu’ilsreduisent en farine grossiere, une sorte de pain dont aucun autre estomac que le leur ne sauraitsupporter le poids. Ils ne se servent guere de sei. Les liqueurs fortes et alcooliques sont peu de leurgoüt; cependant ils savent fabriquer une boisson formee avec de I’eau dans laquelle ont infuse desbaies de genievre, et une espece de biere enivrante, composee avec un agaric. Ils ne bätissent nivilles ni villages, et ne vivent pas en quelque sorte en societe; leurs rares bourgades se composent,surtout chez les Lapons , que nous avons principalement decrits, de quelques huttes ä demi souter-raines, dans cbacune desquelles vivent polygames, enfumes et meles aux animaux domestiques,tous les membres d’une meme famille. D’autres parties de ces memes populations different un peupar leurs mceurs, comme nous le dirons, et vivent errantes sous des tentes qu’elles savent se eon-struire.
Apres avoir donne ces generalites, qui s’appliquent plus ou moins completement ä toutes leshordes de race hyperboreenne, nous allons chercher, principalement d’apres un savant travailpublie par Lesson, ä indiquer les principales peuplades qu’on connait aujourd’hui dans ce rameauqui, d’apres tous les auteurs, est, apres les rameaux hottentot et austrasien, le plus sale et leplus miserable de tous ceux qui peuplent le globe.
Les Lapons ou Sames , aussi appeles aujourd’hui Lappes, Ogres et Ongres, sont les habitants desvastes contre’es nommees Laponie , et semblent descendre originairement des hauts plateaux de laTartarie, d’oü ils vinrent en se dirigeant vers le nord de TEurope, et peuplant toute letendue desterres situees entre la Baltique et les monts Ourals jusqu a l’Oby. Ce sont encore lesJotwwsdesSagas que les Scandinaves chasserent de la Suede et du Danemarck et repousserent vers le Nord.Ces Lappes eux-mAmes envoyerenl dans TEst des branches appelees Vogouls dans l’Oural , et Ostiaks