Le plan de l’Académie fut approuvé le 26 Mars . 1791 et sanctionné peu de tempsaprès.
L’Académie fut priée de nommer les commissions qui avaient à se répartirles divers travaux nécessaires. Delambre et Méchain furent chargés du mesuraged’un degré, celui-ci prenant la partie du Sud, et Delambre la partie située au Nord,qui était la plus grande. Depuis les mesurages précédents, on avait déjà des tra-vaux préparatoires, au moins pour la partie située sur territoire français , ce quipermettait de compter, pour ces travaux, sur des progrès plus rapides en France qu’en Espagne , où l’on ne pouvait disposer d’aucune étude antérieure.
Mais les deux savants n’avaient pas encore les instruments de précision indispen-sables pour ce vaste travail; ces instruments furent fabriqués sous l’habile direc-tion de Borda et livrés au bout de quinze mois.
On lit dans le Journal de ces deux savants, au chapitre de ces opérations :
« Une proclamation du roi, rédigée dans la vue de faciliter nos opérations et demettre sous la protection spéciale des autorités administratives nos signaux, nosréverbères et nos échafauds, cette proclamation, l’un des derniers actes d’une auto-rité expirante, ne nous fut remise que le 24 Juin, c’est-à-dire dans le temps où ellene pouvait plus avoir qu’une utilité passagère, pour n’être bientôt après entre nosmains qu’un titre qui nous rendroit plus suspects au lieu de nous protéger. »
La royauté approchait de sa chute.
Une opération géodésique de l’extension et de l’importance de celle que Méchainet Delambre allaient entreprendre, est déjà entourée de difficultés dans des tempsordinaires, et mérite une sincère admiration. Mais si une semblable entreprise alieu dans des temps agités, où règne la plus grande défiance, les difficultés sem-blent sortir de terre. Delambre commença par éprouver un véritable désappointe-ment en s’apercevant qu’il ne pourrait guère utiliser les travaux antérieurs; iltrouva les signaux en partie détruits, en partie enfouis, les clochers démolis ou lamoitié en ruines. « Un représentant du peuple s’étoit vanté, dans une lettre adres-sée à la Convention, d’avoir fait tomber tous ces clochers qui s’élevoient orgueilleu-sement au-dessus de la demeure des Sans-culottes. »
Delambre et Méchain. ne rencontrèrent que méfiance auprès des autorités et dupeuple; ils furent tous les deux presque constamment en conflit avec la police; lessignaux et les échafl'audages, nécessaires pour établir les points de triangulation,turent arrachés. Pour surcroît de malheur, les voyages devinrent bientôt presqueimpossibles à des gens qui étaient obligés de payer leurs dépenses avec des assi-gnats. « Pour aller de Bourges au village le plus voisin de Méri, raconte Delambre,c’est-à-dire à 9000 ou 10,000 toises, la poste nous prenoit 1500 fr. ; nos trois cler-