Buch 
Compte rendu au Roi / par M. Necker
Seite
14
JPEG-Download
 

H

Je ne risque rien daslurer Votre Majesté . quil nestcertainement aucun Souverain delEurope qui pût présenterune pareille proportion entre ses revenus & ses dépensesordinaires; & il s'en faut bien sur-tout que sous ce rapportj'état des finances de lAngleterre pût soutenir la compa-raison. Elle a bien soin détablir de nouveaux droits pourbalancer les intérêts des nouveaux Emprunts ; mais on aper-çoit depuis quelque temps que le déficit de ces Impôts,cest-à-dire, ce qu'ils produisent de moins quon n'avoirarbitré , est compris dans les besoins extraordinaires del'année suivante ; & ce déficit caché ou confondu dans cequon appelle improprement aujourdhui 1 c. fonds damor-tissement, est balancé par des Emprunts , en forte que legage des créanciers est véritablement imparfait.

Sur le Crédit public.

Il sembleroit, au premier coup-dœil, que le tableauconsolant que je viens de mettre fous les yeux de VotreMajesté, suífiroit pour écarter toute idée dembarras &pour sc livrer à la plus parfaite tranquillité ; mais telle estJimportance & la nécessité du Crédit dans les tempsextraordinaires, que si ce Crédit nexistoit pas, que silétoit circonscrit dans de trop justes bornes, les difficultéssélèveroient de toutes parts , & la confusion pourroitnaître à côté du meilleur état des Finances.

En. effet, on voit bien quune exacte balance entre lesrevenus & les dépenses, est tout ce quil faut à un royaumequi jouit du bonheur de la paix; il nest point obligé derecourir à des Emprunts, puisque ses revenus suffisent à sesbesoins, & la confiance publique pourroit, en quelque