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STATION GEODESIQUE AU CANIGOÜ.
Bessel et Bæyer en 1831 dans la Prusse orientale va bientôt s’é-tendre de Christiania , en Norvège , jusqu’à Païenne, en Sicile , surune étendue de 22 degrés Iatitudinaux. Les Anglais ont couvertleurs îles de triangles qui comprennent même les Shetlands , et ontmesuré de longues chaînes dans la presqu’île de l’Inde depuis Gey-lan jusqu’à l’Himalaya .
La France sommeillait. Enfin en 1869 un heureux hasard fut lepoint de départ d’un réveil, dû à l’initiative d’un officier d’état-major. Le capitaine Perrier, occupé de ses opérations géodésiquessur les montagnes des environs d’Oran et de Tlemcen , en Algérie ,apprit de la bouche des Arabes que dans les journées favorableson voyait au coucher du soleil les montagnes de l’Espagne . Long-temps il fut incrédule; mais le soir du 18 octobre 1868 il distinguanettement deux sommets qui d’après leur direction appartenaientaux sierras de la province de Grenade : il les revit à plusieurs re-prises de différens points de la côte africaine, et constata que leurforme restait la même; c’étaient les cimes du Mulhaçen et du picde Sagra. On pouvait donc relier la triangulation de l’Espagne ,exécutée actuellement avec le plus grand soin par le général Ibanes,à celle de l’Algérie , et la continuer dans le sud jusqu’à la limiteextrême de nos possessions africaines. La méridienne française étantdéjà rattachée à celle de l’Angleterre, on aurait ainsi une chaînecontinue de triangles depuis les Shetlands jusqu’au Sahara , c’est-à-dire un arc de 30 degrés Iatitudinaux, le plus long qui ait étémesuré jusqu’ici. Le capitaine Perrier soumit cette idée au maré-chal Niel. Frappé de l’importance, séduit par la grandeur du pro-jet, ce ministre intelligent comprit en même temps qu’il était né-cessaire de recommencer la mesure de la méridienne de France comprise entre Dunkerque et Perpignan . En effet, c’est une véritéabsolue dans les sciences positives que toutes les questions doiventêtre reprises au moins tous les cent ans en utilisant les procédésnouveaux et plus parfaits qu’un progrès incessant introduit dansla pratique et dans la théorie, car la vérité absolue est un idéal dontnous nous rapprochons sans cesse avec la conviction de ne jamaisl’atteindre. 11 fallait donc mesurer de nouveau les triangles de De-lambre et Méchain , ou remplacer ceux qui pouvaient être défec-tueux sous le point de vue de la forme ou des dimensions. Sur laproposition du Bureau des longitudes , trois officiers instruits et zé-lés, MM. Perrier, Penel et Bassot, furent chargés d’entreprendre celong et pénible travail. Quelques fonds leur furent alloués, quel-ques soldats pris dans la garnison voisine mis à leur disposition.Munis d’instrumens construits sur les données de la science mo-derne, ils entrèrent en campagne.