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STATION GEODESIQUE AU CANIGOU.
combien les savans qui ont précédé les géodésiens actuels devaientavoir de peine à reconnaître au loin les sommets sur lesquels ilsavaient placé leurs signaux! Ges signaux consistaient en une mireélevée au-dessus d’une pyramide en maçonnerie ou en charpente.Cette mire était peinte de différentes couleurs suivant celle du fondsur lequel elle devait se projeter : en blanc quand le fond était ha-bituellement noir, en noir lorsqu’il était blanc. Avec la hauteur dusoleil, l’illumination changeait : le matin, l’astre éclairait la partieorientale du signal; la partie occidentale restant dans l’ombre,l’observateur n’était pas sûr de viser au milieu de la mire; à midi,l’éclairage n’était plus le môme, et le soir il était l’inverse de celuidu matin. En outre la réfraction atmosphérique déplaçait la miresoit dans le sens vertical, soit latéralement. En effet, la ligne quiva de l’œil à un objet éloigné n’est pas une ligne droite, c’est uneligne brisée dont la courbure varie suivant la température et l’étathygrométrique des couches d’air qu’elle traverse; de là des erreursde pointé considérables qui influent sur la valeur des angles mesu-rés. Toutes ces causes d’erreur s’appliquent aux signaux, aux clo-chers, aux tours, aux édifices quelconques choisis jadis par lesgéodésiens comme points de repère pour les sommets de leurstriangles. Il y a mieux : par les temps brumeux, avec le hâle parexemple, la mire devenait complètement invisible, et l’observateurattendait des jours, quelquefois des semaines entières, l’instantpropice où il pouvait apercevoir le signal.
Un grand géomètre allemand , Gauss , chargé de la triangulationdu Hanovre en 1831, a fait disparaître ces inconvéniens par unmoyen aussi simple qu’ingénieux. Il avait sans doute observé qu’unevitre éclairée par les rayons du soleil est visible à une distanceénorme. Cette remarque, que tant d’autres avaient faite avant lui,fut le point de départ de son héliotrope. Simplifié par les géodé-siens modernes, cet instrument consiste en un miroir argenté de1 décimètre carré, porté sur un châssis qui permet de lui donnerune position et une inclinaison quelconques. Une planchette percéed’un trou circulaire est placée devant le miroir dans la direction dusommet où se trouve l’observateur, et en changeant de temps entemps l’orientation et l’inclinaison de la glace à mesure que le so-leil se déplace dans le ciel, on fait en sorte que les rayons réfléchispar le miroir passent toujours par le trou circulaire, dont elleséclairent les bords. Le géodésien vise sur ce miroir, qui de loin al’apparence d’une étoile de première grandeur. Cette étoile artifi-cielle est parfaitement distincte, même à l’œil nu, à la distance de100 kilomètres, et la courbure de la terre est le seul obstacle quien limite la visibilité dans une lunette d’un grossissement de cin-