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Une station géodésique au sommet du Canigou dans les Pyrénées-Orientales / par Charles Martins
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STATION GEODESIQUE AU CANIGOU.

combien les savans qui ont précédé les géodésiens actuels devaientavoir de peine à reconnaître au loin les sommets sur lesquels ilsavaient placé leurs signaux! Ges signaux consistaient en une mireélevée au-dessus dune pyramide en maçonnerie ou en charpente.Cette mire était peinte de différentes couleurs suivant celle du fondsur lequel elle devait se projeter : en blanc quand le fond était ha-bituellement noir, en noir lorsquil était blanc. Avec la hauteur dusoleil, lillumination changeait : le matin, lastre éclairait la partieorientale du signal; la partie occidentale restant dans lombre,lobservateur nétait pas sûr de viser au milieu de la mire; à midi,léclairage nétait plus le môme, et le soir il était linverse de celuidu matin. En outre la réfraction atmosphérique déplaçait la miresoit dans le sens vertical, soit latéralement. En effet, la ligne quiva de lœil à un objet éloigné nest pas une ligne droite, cest uneligne brisée dont la courbure varie suivant la température et létathygrométrique des couches dair quelle traverse; de des erreursde pointé considérables qui influent sur la valeur des angles mesu-rés. Toutes ces causes derreur sappliquent aux signaux, aux clo-chers, aux tours, aux édifices quelconques choisis jadis par lesgéodésiens comme points de repère pour les sommets de leurstriangles. Il y a mieux : par les temps brumeux, avec le hâle parexemple, la mire devenait complètement invisible, et lobservateurattendait des jours, quelquefois des semaines entières, linstantpropice il pouvait apercevoir le signal.

Un grand géomètre allemand , Gauss , chargé de la triangulationdu Hanovre en 1831, a fait disparaître ces inconvéniens par unmoyen aussi simple quingénieux. Il avait sans doute observé quunevitre éclairée par les rayons du soleil est visible à une distanceénorme. Cette remarque, que tant dautres avaient faite avant lui,fut le point de départ de son héliotrope. Simplifié par les géodé-siens modernes, cet instrument consiste en un miroir argenté de1 décimètre carré, porté sur un châssis qui permet de lui donnerune position et une inclinaison quelconques. Une planchette percéedun trou circulaire est placée devant le miroir dans la direction dusommet se trouve lobservateur, et en changeant de temps entemps lorientation et linclinaison de la glace à mesure que le so-leil se déplace dans le ciel, on fait en sorte que les rayons réfléchispar le miroir passent toujours par le trou circulaire, dont elleséclairent les bords. Le géodésien vise sur ce miroir, qui de loin alapparence dune étoile de première grandeur. Cette étoile artifi-cielle est parfaitement distincte, même à lœil nu, à la distance de100 kilomètres, et la courbure de la terre est le seul obstacle quien limite la visibilité dans une lunette dun grossissement de cin-