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STATION GÉODIiSIQÜE AU CANIGOU.
que la chaleur solaire pénètre dans la terre, et que l’influence dujour et de la nuit est encore sensible à la profondeur indiquée.
Le bas de la cheminée par laquelle on arrive au sommet du Ca-nigou se trouve à 80 mètres au-dessous de ce sommet : c’est à partirde ce point que je me suis appliqué à recueillir toutes les plantesphanérogames qui croissent sur le cône terminal compris entre2 700 et 2 785 mètres. Je ne pouvais espérer de n’en manquer au-cune : il eût fallu pour cela visiter le sommet de juin jusqu’en sep-tembre, à l’exemple de Ramond, qui fit dix-sept ascensions sur lepic du Midi pour y cueillir toutes les fleurs qui le parent en été. Eneffet, lorsqu’elles sont défleuries, les plantes alpines échappent à lavue par leur petitesse et leur ressemblance avec celles qui les en-tourent. Tous ces végétaux sont des espèces naines abritées sous lespierres, cachées dans les fissures, blotties contre les rochers. Leurvégétation chaque année n’est que de quatre mois tout au plus-,aussi des sous-arbrisseaux, tels que le myrtille, le rhododendron,le genévrier, longs de 2 décimètres, sont-ils aussi vieux que lesgrands arbres de la plaine. Comment s’en étonner? Pendant huitmois, d’octobre à mai, ces végétaux dorment ensevelis sous uneépaisse couche de neige ; lorsqu’elle a disparu, des vents violens etcontinus les couchent sur le sol : la température de l’air oscille au-tour de zéro, et s’élève rarement à 10 degrés au-dessus. Les nuages,attirés par la cime isolée du Canigou, l’entourent presque toujoursd’une brume épaisse identique aux brouillards de la plaine. Quandle soleil luit, le sol s’échauffe, comme nous l’avons vu, plus quel’air, et les plantes alpines sont dans les conditions analogues àcelles des végétaux élevés sur couche dans nos bâches ou dans nosserres. Peu de plantes peuvent s’accommoder d’un pareil régime.Cependant j’ai trouvé 58 espèces sur le sommet du Canigou. Il yen a davantage; sur la cime du Faulhorn, après plusieurs séjoursde quelques semaines renouvelés pendant trois ans, j’avais cueillisur le cône terminal, situé à 100 mètres au-dessous de celui duCanigou, mais à h degrés latitudinaux plus au nord, 132 es-pèces de plantes phanérogames ; Ramond, sur le pic du Midi deBagnères , plus haut de 100 mètres que le Canigou, avait trouvé72 espèces.
Ma florule du sommet de cette montagne n’est donc pas com-plète; cependant elle est suffisante pour donner lieu à quelquesconsidérations de géographie et de topographie botaniques. D’a-bord pas une de ces plantes ne croît dans la plaine de Perpignan ,dont la végétation est celle du littoral méditerranéen. Sur 58 es-pèces, il y en a 50 qu’on retrouve dans les Alpes ; les 8 autres,inconnues dans les Alpes , sont propres aux Pyrénées ou reparaissent