STATION (ïEODESIQUE AU CANIGOÜ.
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intéressant en effet de connaître les plantes qui, parties du bas dela montagne, montent pour ainsi dire à l’assaut de ces points cul-minans, et celles qui, compl.étement inconnues sur les flancs dumassif, apparaissent tout à coup sur une cime élevée? Pour le Ca-nigou, la question était encore plus piquante que pour un sommetdes Alpes de la Suisse ou des Hautes-Pyrénées . La plaine de Perpi gnan est la plus chaude de France , l’oranger, le palmier-dattier,l’agave, y vivent en pleine terre. La température annuelle moyenne,d’après les observations de M. le docteur Fines, y atteint 14°,1. Onpeut en déduire que celle du sommet du Canigou est de — 1 °,4;c’est le climat de l’extrémité septentrionale de la Norvège . Pendantnotre séjour, du 22 au 29 août, la température moyenne de l’airau sommet du Canigou a été de 6°,5; à Perpignan , elle était de22°,2. Au sommet, la température n’a jamais dépassé 14°,2; à Per pignan , elle s’est élevée à 32°,5. Quant au froid, le degré le plusbas auquel le thermomètre soit descendu pendant la nuit au som-met a été de — 3°,7 au-dessous de zéro.
Quand on veut connaître toutes les conditions qui influent sur lavégétation, les températures du sol ne doivent pas être négligées,car la plante est échauffée par le sol où elle plonge ses racines,comme par l’air qui entoure les parties découvertes. Mes compa-gnons avaient enfoncé des thermomètres dans la terre à 2, à 10 età 20 centimètres; dans cette zone, la température moyenne du sol aété de 10°,8, plus élevée par conséquent de 4°,3 que celle de l’air. Le25 août, cette température est montée à 20°,4, c’est-à-dire à 6°,2au-dessus de celle de l’air; c’est donc le sol bien plus que l’air quifavorise la végétation des plantes alpines et leur permet d’en accom-plir les phases dans un-temps relativement très limité. Les tempé-ratures du sol près de la surface ne sont pas les seules qu’il soitintéressant de connaître; il ne l’est pas moins de savoir à quelleprofondeur la chaleur solaire pénètre dans l’épaisseur des diffé-rentes roches qui composent l’écorce du globe. Un mineur appeléau sommet du Canigou fora dans le micaschiste un trou de 1 mètrede profondeur. Un thermomètre enchâssé dans une monture en boisfut laissé à demeure au fond de ce trou; il marquait 7°,6. Au cam-pement, à l’altitude de 2 359 mètres, un autre thermomètre futenfoncé dans le même sol à 0 m ,80, la dureté de la roche n’ayantpas permis de foncer davantage; le thermomètre se tint à 8°,9 enoscillant de quelques dixièmes seulement autour de cette moyenne.AuVernet, à630 mètres au-dessus delà mer et à 1 mètre au-dessousde la surface, la chaleur était de 14°,6 (1). On voit par ces chiffres
(1) A l’observatoire de Paris , pendant la même période, le thermomètre enfoncéde 1 mètre dans le sol variait de 20°,2 à 19°,4,