12 PREMIÈRE PARTIE.
vrages qu’ils veulent, sans que l’on voye aucun bout, n’y finiten toute une pièce.
« Lingua, roi du Pérou, avait de grands maîtres ouvriers àfaire ce cumbi.… Ils teignent cette laine de diverses couleurstrès-fines avec plusieurs sortes d’herbes.»
Et plus loin:« Tout ce bestail se plaît à un air froid et meurtdans la chaleur.
« Entre autres choses remarquables du Peru et des Indessont les vicugnes et moutons du pays qu’ils appellent. Lesvieugnes sont sauvages, et les moutons du pays apprivoisés.Je ne connais d’autres pays du monde que le Peru et le Chili,qui sont provinces joignantes, où il y ait des vicugnes. Les vi-cugnes sont plus grandes que les chèvres; elles ont le poil tirantcouleur de rose sèche, quelque peu plus claire, et n’ont pointde cornes comme les cerfs et les lapreos. Ils paisent et se reti-rent ès endroits les plus hautains des montagnes. La neige nila glace ne les offense point, au contraire, elles les recrée; ilsvont en troupeaux, sont très-timides…
« On fait avec leur laine des couvertures ès castelognis degrand prix, pour que ceste laine est comme une soye blanchequi dûre longtemps, et comme la couleur est naturelle, elle estperpétuelle. Les étoffes faites avec ceste laine sont fort fraîcheset fort bonnes dans les tems de châleur, et tiennent qu’ellessont profitables pour l’inflammation des reins et autres parties.La même vertü a ceste laine mis en matelas*.»
Il résulte de ce document, que les Péruviens et les Chilionsconnaissaient et pratiquaient la fabrication des lainages dansleurs principales variétés. Tls faisaient des étoffes fines et com-munes, rases et à poils, et même duveteuses à double face.Ils ont donc transformé les laines lamas ou alpacas et poils de
* Histoire naturelle et morale des Indes, tant orientales qu’occidentales,
composée en castillan par Joseph Acosta, et traduite en français par Ro-bert Regnault-Cauxois, Paris, 1597.