110 PREMIÈRE PARTIE.
Les fibres animales exotiques, nouvellement mises en œuvre,constituaient dès lors pour l’Angleterre un nouvel élémentpour le commerce maritime, et une ressource industrielledes plus intéressantes, par les nombreuses variétés qu’ellesut s'en procurer. Les spécialités dont il est question fu-rent le résultat de l'esprit comméreial, de l’investigationmercantile des Anglais et de leur aptitude industrielle. L’his-toire de la fabrication des tissus d’alpaca et autres analo-gues, dont les essais ne remontent pas au delà de 1836,peut se résumer en deux mots: d’une part, des commettantsétrangers, des Américains, demandent un article nouveauléger et brillant à leurs fournisseurs; de l’autre, et presqu’enmême temps, le voyageur que l’esprit des affaires n’aban-donne jamais, cherche à tirer parti d’une laine fine, lisse et bril-lante, produite et employée depuis longtemps au Pérou, maisdont on était loin de tirer le parti que l’usage de nos moyensperfectionnés pouvait faire espérer*. Malgré les obstacles quelà filature rencontra à l’origine de ses essais pour transformerl’alpaca à la mécanique, l'industriel compétent pouvait prévoirnéanmoins qu’ils n’étaient pas fondamentaux, ne nécessite-raient aucun outillage spécial, que le problème serait résolu parde légères modifications auxquelles la connaissance de l’artet des propriétés de la matière amènerait sans difficultés sé-rieuses.
La nouvelle branche de fabrication est donc plutôt une con-séquence des conditions commerciales où se trouve l’An-gleterre, et de l’esprit mercantile de ses habitants, pris dansla meilleure acception du mot, que le résultat d’une in-vention quelconque. Ce n’est pas pour chercher à amoindrir lemérite de nos voisins et de nos rivaux d’outre-Manche que nousfaisons cette remarque, mais pour faire ressortir une fois de
* Voir p. 41, L'industrie des lainages au Pérou au quatorzième siècle.