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C'est peut-être à la même cause qu'il faut attribuer la dispari-tion des Châtaigniers remplacés par les Chênes dans un grandnombre de forêts. Si l’on recherche la cause de ce phénomène,que l’on considère que chaque essence d’arbre tire de la terre deséléments chimiques différents et propres à sa nature. Ces élémentsdiminuent et s’épuisent avec le temps, et il doit en résulter quel’arbre qui y trouvait le principe de sa vie , cède la place à uneautre espèce qui puise à son tour dans le sol d’autres élémentsappropriés à sa nature ; mais il faut l'action lente des siècles pouropérer ces transmutations.
La prédilection que j’ai toujours eue pour les forêts, fortiliéepar mon ardeur entomologique, m’en a fait visiter, explorer ungrand nombre. Dès mes jeunes ans, le voisinage de la forêt deNicppe me la faisait fréquenter avec bonheur. J’en parcourais leslongues allées en capturant des Mars, des Tabacs d’Espagne, desCordons bleus; je pénétrais dans les taillis de Charmes qui nesont coupés qu’à trente ans ; je visitais mon filet, assis au pieddu vieux Chêne du Pré à vin (1) dont la circonférence est deprès de six mètres ; mon excellent père me conduisait au vieuxchâteau des comtes de Flandre à La Motte-au-Bois, grande clai-rière au centre de la forêt. La forte végétation, les beaux arbres,les imposantes masses de verdure, tantôt inondées de lumière,tantôt plongées dans l’ombre des nuages, les nuances infinies dufeuillage, surtout en automne, le chant des oiseaux, le bourdon-nement des insectes, tout charmait la jeunesse de mes sens, demon esprit, de mon cœur.
Plus tard, j’allais souvent visiter la petite forêt de Phalem-pin (2) près de Lille et du champ de bataille de Mons-cn Pcvèle (3).C'est un site précieux pour les entomologistes et qui fait pardonner
(t) Ancien prieuré dont le nom fait conjecturer que la vigne y était au-trefois cultivée.
(2) On dcSne encore le nom de forêt à ce bois au milieu duquel setrouvait l’abbaye fondée en 1039 .
(3) Philippe-Ie-Bel y remporta une victoire sur les Flamands en moi.