DES CHEMINS DE FEU
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du monde civilisé, en facilitant, en multipliant les rapportsdes peuples entre eux. Les espérances les mieux fondées,mais aussi les illusions les plus chimériques, sont accouruesau devant d’elle et ont conçu de son règne les présages lesplus flatteurs. Désormais, s’écrient ses ardents panégyristes,toutes les nations du globe confondues dans une même fa-mille, et en contact permanent, ne vont plus ressentir commemobile de leur activité, que l’aiguillon d’une noble et tou-chante confraternité. Cette conquête récente de l’esprit hu-main promet surtout à la terre une paix universelle, en as-surant aux passions humaines une diversion qui faisant suc-céder l’harmonie à la confusion, éloignera à jamais la luttedes hommes entre eux, pour y substituer l’exploitationcalme et majestueuse du globe-
De semblables théories formulées à chaque siècle parquelquesâmes candides, rêvant la vie terrestre plutôt que lapratiquant, se sont de nos jours réveillées avec plus d’ardeur:de vertueux philantropes, glorifiant la découverte de Walt,ingénieusement appliquée par Fulton, ont fait retentir l’air *de bénédictions et d’augures enchanteurs. Cette fois ce n’é-tait plus un instrument de guerre dont l’humanité se voyaitfatalement dotée; auxiliaire d’une civilisation pacifique, lavapeur ne pouvait avoir d’autre mission que de multiplier lestravaux industriels, en perfectionnant les relations com-merciales, de faciliter et d’étendre le rapprochement desindividus et des peuples. Des pronostics analogues, presquetoujours faux, ont accompagné l’apparition de tout ce qui amodifié jusqu’à présent l’existence des sociétés. En chassantl’ignorance, l’imprimerie devait clore à jamais le règne desguerres, prévenir les mésintelligences en dissipant touteerreur, linons a fallu,hélas!reconnaître.qucVsc don, commetoute chose de ce monde, n’étail pas sans mélange de bien