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et de mal, et que si l’imagination est prompte à s’exagérerles bienfaits d’une découverte, la réalité qui subit le chocincessant des passions humaines, démontre bientôt quenotre nature bornée et imparfaite ne sait rien s’approprierqui n’ait ce double caractère.
L’invention de la poudre à canon a été saluée à son tourd’acclamations diverses. Tandis que les novateurs enthou-siastes la préconisaient, les derniers représentants de la che-valerie la dédaignant comme une arme destinée aux faibleset aux lâches, la déploraient comme un coup mortel porté àl’état de la guerre. Les hommes les plus éclairés, les pluscompétents se sont môme égarés jusqu’à partager cette sin-gulière opinion ; Guibert , le savant auteur de l’essai géné-ral de tactique, écrivait vers la lin du xvnn siècle: « La dé-'< couverte de la poudre ne perfectionna pas l’art militaire.« Elle ne lit que fournir de nouveaux moyens de destruc-» tion et porter le dernier coup à la chevalerie-, institution» que nos siècles de lumières doivent envier à ces temps» d’ignorance ! Les armes à feu retardèrent môme vraisem-» blablementle progrès de la tactique, parcequ’alors les ar-» niées s’approchèrent moins et qu'il entra encore plus de« hasard et moins de combinaisons dans les batailles (l). »Il est vrai que Guibert abandonne bien vite cette thèse in-soutenable, car il ajoute un peu plus loin : « La science de» la guerre moderne comparée avec celle des anciens, est» plus vaste et plus diflicile. — Un bon major conduirait» aujourd’hui les manœuvres de Leuctres et de Mantinée ,» comme Epaminondas (2).
(1) Discours préliminaire, page LI11.2) Discours préliminaire, page LXH