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DES CHEMINS DE FER
M. le général Rogniat, doué d’un esprit trop pénétrantpour ne pas apercevoir les changements survenus dans l’or-ganisation aes armées, ayant une âme trop élevée pour op-poser des plaintes impuissantes à des objections que la va-riété et la profondeur de ses connaissances lui démontraientsans réfutation possible, a indiqué quelques moyens quirendraient aux places fortes une partie de leur influence. Ilpropose (1) d’établir sur une frontière ouverte de cent lieues,seulement cinq ou six places, à vingt lieues les unes desautres. Elles occuperaient les nœuds des principales routes,et surtout les deux rives des fleuves, quelle que soit leur di-reclion , afin de faciliter les mouvements des armées. Ellesseraient grandes, pour qu’elles puissent subvenir aux be-soins de nos armées belligérantes, s’élevant souvent à plusde 100,000 hommes : autour de chacune, il y aurait uncamp retranché, capable de contenir 50 à 100,000 hommes.—Loin d’avoir vieilli, ces règles, tracées il y a plus de vingtans, acquerront chaque jour plus d’autorité. Substituez parla pensée les chemins de fer aux principales routes; ména-gez-vous la possibilité d’une plus prompte et plus nombreuseconcentration de troupes; c’est là tout le secret de la sciencemilitaire dans l’avenir.
Il n’entre point dans nos vues de nous lancer étourdi-ment dans le champ des conjectures, de supputer minutieu-sement les graves modifications que l’application stratégiquedes lignes de fer introduiront infailliblement dans l’art de laguerre. Le rôle d’augure est au-dessus de nos faibles facul-tés, et celui de charlatan est trop vulgaire pour tenter notre
(1) Considérations sur l'Art de la guerre , par jle généralRogniat, 1819.