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PLANS DE RESTITUTION.
un excellent engrais. A Paris , comme clans toutes les villes du même temps, lesvoies publiques se divisaient en rues principales destinées aux charrettes, envoiries et routes pour les approches, en rues ordinaires pour les cavaliers et lespiétons, avec des dalles le long des maisons (les aceras d’Espagne ), et enfin enruelles pour les piétons seuls. 11 y avait, en outre, des allées, ou des percées,pour le dégagement des îlots, ou pour l’exercice d’une servitude créée au profitdes enclaves, dans les anciens enclos. Dans toutes ces rues et ruelles, on re-marquait, appuyées aux soubassements des maisons, deux rangées de bornes degrès, presque toutes d’un mètre soixante centimètres environ de longueur, et dontle pied, fiché dans le sol, chassait les roues qui pouvaient menacer la muraille oules contrevents de la maison, à la distance d’un pied et demi, longueur habituelledes moyeux de roues de charrettes, antérieurement au xix e siècle W.
viabilité. La largeur des rues était, du reste, calculée pour le passage de deux de ces
charrettes. Quand il existait un étranglement, causé par le respect du droit d’unpropriétaire, qui avait avancé sa maison à fin de terrain et qui, sans empiéter surla voie publique, avait obstrué le passage par l’exercice rigoureux de ce droit, on yremédiait par une sorte de gare d’évitement. Ce n’était pas seulement les charrettesqui pouvaient causer des embarras dans les rues de grand passage; il y avait en-core les cavalcades des maraîchers, montés sur la croupe de leurs mulets, ânes ouchevaux. Ces animaux étaient chargés d’un bât, auquel étaient accrochées deuxénormes corbeilles d’osier, remplies de légumes ou de fruits, et occupaient autantde place qu’une charrette, avec bien plus d’indépendance et de rapidité dans l’al-lure. II n’est pas un Parisien de quarante ans qui ne se rappelle avoir vu arriver,et surtout s’en retourner au trot, ces escadrons de maraîchers s’emparant du pour-tour du marché des Innocents. Dans les ruelles, sur lesquelles ouvraient desportes très-évasées, pour dégager l’entrée, il ne passait que des piétons et ces
(1) On rencontrait encore, il n’y a pas bienlongtemps, dans la Picardie et la Normandie , cescharrettes à longs moyeux pointus, de l’extrémitédesquels sortait encore le bout de la fusée de l’es-sieu , muni d’une grosse clavette faisant fonctiond’écrou. Ces roues avaient un mouvement continuelde va-et-vient sur la fusée, et consommaient beau-coup de graisse. On introduisait celle-ci par un troude tarière, percé dans la gorge du moyeu, et on lefermait avec un bouchon de paille. Telles étaient
les voilures qui alors sillonnaient les rues princi-pales de Paris . Ces essieux mesuraient environ neufpieds (un peu moins de trois mètres); c’est pour-quoi les voies de passage, comme les rues Saint- Jacques , de la Harpe, Saint-Denis, Saint-Martin,Saint-Honoré, portaient dix-huit pieds de largeurréglée, pour permettre à deux de ces charrettes dese croiser ; et, en outre, de loin en loin, on ména-geait un placeau , ou élargissement, pour faciliterl’évitement des charrettes.