DE AL DELAMBRE. xvij
On trouve en cela une preuve frappante des progrès des sciences : car il n’y a pas unsiècle que la question de la figure elliptique du Globe était incertaine. Non-seulementl’applatissement des contrées polaires était contesté dans le sein des Académies, on avaitmême proposé et long-temps soutenu l’opinion directement contraire. Àujourd’liui tousles doutes sont résolus. Les opérations géodésiques faites en France, en Angleterre,dans l’Amérique équatoriale, dans les possessions anglaises de l’Inde ; la comparaison deslongueurs du pendule à secondes, observées dans divers climats, et, comme nous l’avonsdit, la théorie des inégalités lunaires donne les mêmes valeurs pour la mesure de l’elli-pticité terrestre. On ne traitera jamais cette question de la figure delà Terre, si fécondeen grands résultats, sans citer l’opération dont nous sommes principalement redevablesà M. Delambre. Elu dans la plupart des Académies étrangères, et membre du bureaudes longitudes de France, il fut nommé dans l’Institut secrétaire perpétuel pourles sciences mathématiques.
Nous rappellerons maintenant le temps de sa vie ou il contracta l’union la plus heu-reuse et la plus digne de lui. Il avait été accompagné dans ses voyages géodésiques parun très jeune homme, M. Leblanc de Pommard, que sa mère seule avait instruit ; quiavait reçu d’elle, outre les principes des meilleures études littéraires, la connaissancedes plus beaux ouvrages de la littérature étrangère. M.Delambre, dont ce jeune hommepartageait les travaux, s’attacha de plus en plus à lui, perfectionna ses talens,l’éclaira par ses conseils et par ses exemples. Sa mère connaissait tout le prix d’unetelle amitié, et il est facile de concevoir combien son cœur fut touché d’un aussigrand bienfait. Madame de Pommard, devenue veuve, épousa l’ami et le protecteurde son fils, celui dont l’Europe savante honoroit le caractère et les talens ; elle lesadmirait elle-même : personne ne sait mieux apprécier les hautes qualités du cœur etde 1 esprit. Les motifs qui avaient déterminé cette union, la rendirent fortunée ; maiscette famille si heureusement unie ne devait pas jouir d’un bonheur durable. Elle futinopinément frappée par la perte déplorable de ce fils, objet unique de tant de vœux,de soins et d’espérances ; sa mère, livrée à une profonde douleur, trouva du moinsquelque adoucissement dans la tendre affection de M. Delambre. Dix-huit annéess’écoulèrent dans le sein de l’amitié, delà confiance et de la paix, dans des occu-pations chéries et le commun exercice d’une bienfaisance habituelle. Delambre avaitsuccède a Lalande dans la chaire d’astronomie du Collège de France, et il fut nommé1 un des principaux titulaires de l’Université. Il a rempli durant vingt années, dans unedes classes de 1 Institut et dans l’Académie royale des sciences, la fonction que les suf-frages de ses collègues lui avaient confiée, et n’a cessé de se montrer impartial, vrai,équitable. Il na fait en cela que s’acquitter d’une obligation contractée, et le respectpour de tels devoirs n’est point un sujet d’éloges 5 mais il est utile de citer le zèle em-presse qui l’animait, et cette bienveillance ingénieuse qui lui était si naturelle, qu’aucunmotif personnel et l’injustice même n’auraient pu l’altérer. Dans ses rapports annuels,
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