ij DISCOURS PRONONCÉ SUR LA TOMBE
ainsi sc forme et se complète en quelque sorte sousnos yeux cette science admira-ble, première création du ge'nie de l’homme et celle qu’il lui a été donné de porterle plus près de la perfection.
Et ce qui dans ce grand ouvrage n’est pas moins précieux ni moins rare que cetteexposition nue et entière des faits, c’est cette probité scientifique, si l’on peuts’exprimer ainsi, cette recherche pure de la vérité , que rien ne détourne de sonbut : ni les jalousies nationales , ni la considération des personnes, ni ces idées departi qui sont venues troubler jusqu’à la science du ciel.
Vous le savez, mes chers Collègues, tel fut en toute occasion le trait dominantdu caractère de notre excellent ami. Combien de fois ne Pavons-nous pas entendurendre à ceux que l’on aurait pu croire ses rivaux ces hommages francs et sansrestriction qui ne pouvaient partir que d’un cœur éleve' au-dessus de toutes lesrivalités? Pendant plus de vingt ans qu’il a été chaque année l’historien de vostravaux, quel soin ne mettait-il pas aies présenter dans tout leur jour ; à distinguernettement la part de chacun de vous et en même tems à la montrer dans toute sonétendue : éclaircissant quand il le fallait les découvertes, suivant leurs conséquences,indiquant quelquefois de lui-même leurs résultats futurs ! Dans ses écrits, dansses discours, la justice due à scs confrères était sa première pensée, sa premièreaffaire de conscience.
Et dans cette circonstance mémorable où il fut chargé de la fonction délicatede rappeller publiquement les découvertes des savans contemporains de toutes lesnations, quel géomètre, quel astronome d’aucun pays, put-il se plaindre que sesefforts n’eussent point été exposés et justement appréciés? Quel d’entr’eux eûtdemandé un autre historien ou un autre juge?
Je me trompe : M. Delambre seul s’était presque oublié dans une histoire oùses travaux avaient droit à une si grande place; mais des voix dignes de se faireentendre suppléèrent à la sienne.
Les hautes conceptions du génie desLaplaceet des Lagrange, ces formules d’uneabstraction sublime qui contient comme en germe tous les phénomènes passés, pré-sens et futurs, avaient besoin, pour prendre un corps, pour se revêtir d’une formematérielle et sraisissable, d’être en quelque sorte vivifiées par la détermination desfaits positifs; et ce complément nécessaire, ce sont surtout les calculs et les ob-servations de M. Delambre qui le leur ont donné. Ainsi sont nées ces tables quifixent à chaque planète les lois de son mouvement, et dont rien n’a encore surpassél’exactitude - ces tables, que tous les astronomes ont prises pour règle, parcequ’elles semblent être devenues elles-mêmes la règle du Ciel; ainsi s’est exécutéecette mesure de la Terre, faite avec des précautions telles, que quelques toisesd’erreur sur tant de millions étaient la chose impossible , et elle est désormaisla base certaine de toutes nos mesures usuelles.
M. Delambre a voulu que l’on connût jusque dans le dernier détail les procédésde cette vaste entreprise : ce juge si impartial des travaux d’autrui n’aurait pas