DE M- LE CHEVALIER DELAMBRE. iij
souffert que rien manquât pour éclairer le jugement qu’on devait porter surles siens.
Tel il fut toute sa vie : nulle distinction entre lui et les autres, aucune tracede sentiment jaloux. Dans sa passion pure pour la science, il ne voyait dans scsémules que des hommes qui la servaient - dans ses élèves, que des hommes quila serviraient un jour. Former des astronomes était l’emploi de tous les momensqu’il ne mettait pas lui-mémc a agrandir le domaine de 1 astronomie : aussi quelrespect unanime lui portait l’Europe savante ! quel tendre dévouement il in-spirait a ses élèves! Et quel dévouement il leur montrait lui-même ! Scs derniersmoments leur ont été consacrés; il leur a légué ses idées et ses plans comme pourservir encore , du fond de son tombeau, sa science chérie. Leurs larmes attestentcombien ils le chérissaient; ils se croyaient ses enfants; ils semblaient apparte-nir 'a cette famille si respectable dont ses vertus l’avaient fait le chef, et que saperte met dans le désespoir.
Mais qui peut ressentir cette perte plus que nous, dans chacun desquels on auraitdit qu’il voyait un frère ou un iîls, quand il s’agissait d’obliger ou d’instruire?
O Delambre ! collègue respectable et cher, sans doute un talent digne de vousélèvera bientôt 'a votre mémoire un monument proportionné à la grandeur de vostravaux : il acquittera envers vous tant d’hommes savans que vous avez si noble-ment loués. Qu’il me soit permis du moins, au moment où je vous dis ce tristeet dernier adieu, de rendre témoignage à cet admirable caractère que , pendantvingt ans de liaison intime et de rapports journaliers, je n’ai pas vu se démentir-un instant. Jamais, pendant ce long intervalle, un seul mouvement n’a troublévotre inaltérable douceur; jamais, au milieu d’affaires si variées, si importantes,à l’Université, à l’Institut, dans les discussions scientifiques comme dans cellesde l’administration, il ne vous est échappé une parole qui ne fût dictée par lajustice et la raison.
C’est à votre ardeur pour la science que vous avez sacrifié votre santé. Elle aabrégé vos jours, elle vous a fait passer vos derniers moments dans la douleur!Reposez-vous du moins de ces cruelles souffrances; que ce ciel dont vous avezcélébré les merveilles vous reçoive comme le paéritèrent vos vertus, et que ppurdernière récompense il vous révèle aujourd’hui, s’il en est encore, ceux de sessecrets que vous n’aviez pu pénétrer.
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