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planètes lui est due toute entière. Il cite toujours Hipparque avec éloges, il déclare sin-cèrement ce qu’il a pris de lui, et il nous apprend avec la même candeur qu’iln’avoit pas composé un corps complet d’astronomie, mais seulement des mémoiressur diverses parties de cette science. «Nous ignorons, dit Bailly avec raison, quellepreuve on pourroit donner du soupçon que Ptolémée ne fût point observateur. Parexemple , la détermination du mouvement des fixes fondé sur des observations deMénélas et d’Aggripa, qu’il auroit pu être tenté de s’attribuer, vu l’importance decette détermination ; il ne l’a cependant pas fait. Ptolémée n’a pu ni dû supjjoser au-cune observation. Nous croyons bien qu’il a usé de finesse en ne donnant de ses propresobservations, que celles qui s’accordent avec le résultat moyen de toutes les autres.Cette adresse, que nous n’approuvons pas, n’est cependant point un crime. D’ailleurs,pourquoi n’auroit-il pas fait les observations des planètes, qu’il s’attribue ? Il y a centfois plus de mérite à avoir imaginé ses hypothèses, quelque défectueuses qu’elles soient,à avoir conçu l’idée de 1 'Almageste, dépôt de toutes les connoissances astronomiques,qu’à avoir fait le plus grand nombre d’observations ; Ptolémée n’ignoroit pas qu’illaissoit un trésor à la postérité, quoiqu’il ne prévît pas que ce livre perpétueroit l’as-tronomie jusqu’à Copernic, et feroit seul l’étude de quatorze siècles».
Si Ptolémée se fût contenté de rapporter ses propres observations, sans y joindrecelles qui avoient été faites avant lui, pour en déduire une théorie certaine , non seu-lement il ne seroit pas devenu en quelque sorte l’arbitre de la science pendant un silong espace de temps, mais même ses écrits n’auroient pas eu un meilleur sort queceux de ses prédécesseurs. Ils auroient péri avec eux, et c’est à l’idée heureuse d’avoirformé un répertoire des phénomènes recueillis des anciens et comparés avec ceux deson temps, qu’il doit toute sa gloire, et que nous devons les seuls fragmens que nousayons d’Hipparque. Recevons donc l’ouvrage de Ptolémée avec regret, sans doute,de ce que nous n’avons plus, mais avec reconnoissance de ce qu’il nous a conservé ;comme après un naufrage qui a englouti des richesses qu’on regrette inutilement,on recueille avec un sentiment mêlé de douleur et de plaisir, le peu qui a échappé àla fureur des vents et des flots : on en sent mieux le prix, quand on songe à quels dan-gers on l’a arraché, et au dénuement oû l’on seroit plongé , si l’on n’avoit pas sauvéces tristes et précieux débris.
Si de la considération des matières, nous passons à la manière dont elles, sonttraitées, nous ne pourrons pas nous empêcher de reconnoître une grande diffé-rence entre les démonstrations géométriques et les explications qu’il y joint. Au-tant les premières sont claires et même élégantes, à leur longueur près qui tient augenre de trigonométrie sphérique alors en usage, autant les autres sont obscures etentortillées. Les anciens ne connoissant pas les sinus et tout ce qui en dépend, em-ployoient les cordes des arcs, qui leur servoient à évaluer les angles considérés tantôtcomme inscrits, tantôt comme au centre, suivant le besoin du calcul. Cette méthodedéjà fort longue par elle-même, le devient encore plus par les répétitions souvent très-inutiles que Ptolémée y ajoute. Il ne vous en fait pas plus grâce à la fin de son livre,qu’au commencement. Et cependant, au travers de ses interminables périodes, on