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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
« ... Dans ce pays singulier, ce n’est pas la moindre singularité que de» voir, pendant l’hiver, le trainage et les transports faits par des attelages» de chiens dressés de longue main à cet exercice. Us en ont si bien pris» l’allure que des chevaux même auraient de la peine à égaler la rapidité» de leur course. L’été, ces animaux, d’un aspect assez hérissé et an» nombre de 5 ou 6 mille, sont enchaînés non loin de la ville, au bord» d’un ruisseau aux cent bras qui serpente au penchant d’une colline. Là,» chacun se creuse un abri dans la terre. Deux fois par jour on leur» apporte à manger du poisson séché au soleil ; ils n’ont point d’autre>, nourriture pendant tout l’hiver. On n’a point d'idée de la voracité avec» laquelle ils se jettent sur cette proie dont la vue et l’odeur n’ont cepen-» dant rien de bien engageant. Rien de plus curieux et en même temps» de si original que l’aspect de ce courant d’eau bordé d’une multitude„ de chiens à demi sauvages, qui tous se mettent à hurler dès qu’ils» aperçoivent d’autres personnes que leurs gardiens ; les premiers hurlent» parce qu’ils vous voient, les seconds parce qu'ils vous sentent, et le» reste parce que leurs compagnons aboient; c’est, sur toute la colline,» un tapage à ne pas s’entendre et à faire rentrer sous terre les trois» gueules de Cerbère. » (M 1Ie Lise Cristiaki * 1 , Voyage de la Sibérieorientale, Tour du monde, 1863.)
La poste sibérienne ; le tarantass.
Dans l’été de 1881, IL Edmond Cotteau a fait la traversée de la Sibérie de Perrn à Vladivostok, par la grande route du Trakt. Arrivé à Tomsk , ildut abandonner la voie fluviale qu’il avait suivie depuis Tiumen et gagnerKrasnoïarsk en tarantass 2 . Voici comment il raconte les difficultés duvoyage :
ont été publiées de ces voyages : les extraits cités sont tirés de l’ouvrage deM. Bush : Reindeer , Dof/sV and Snow-shoes; a Journal of Siberian Travel andExplorations (London , 1S71), et ont fourni à M. Octave Sachot la matière d’in-téressants articles publiés dans la Repue Britannique, et, plus tard, réunis en unvolume in-18, 1883. — (Voy. nos Lectures sur VAmérique, p. 39, in-12, Belin.)
1. M 11 ® Crisliani, née en France, musicienne éminente, avait obtenu à Copen-hague le titre et le brevet de premier violoncelliste du roi de Danemark ; lesSuédois, enthousiastes de son talent, l’avaient surnommée la Sainte Cécile fran-çaise. La jeune virtuose eut moins de succès à Saint-Pétersbourg , où un deuil decour imposait le silence à la ville et à l’empire. Son caprice la poussa en Sibérie où elle fut fêtée dans toutes les villes qu’elle visita. Durant les treize mois de sonvoyage, elle parcourut 1S000 verstes (environ 5000 lieues) en traîneau, en char-rette, en litière, en brishka, à pied, à cheval, en bateau, tantôt traînée par deschevaux, tantôt par des rennes, tantôt par des chiens, recevant l'hospitalité parmiles Kalmouks, les Kirghiz, les Cosaques, les Ostiaks, les Chinois, les Toungouses ,les Yakoutes, les Bouriates, les Kamtehadales, les sauvages du Saglialin, etc.
M Uo Cristiani mourut du choléra à son arrivée à Novo-Tcherkask en 1853. Leshabitants ont élevé à l'artiste française un tombeau par souscription.
2. La voiture sibérienne nommée tarantass se compose d’un chariot à quatreroues sur lequel on a adapté la caisse destinée à contenir les voyageurs et les |bagages. Il n’existe pas de ressorts; sur six ou huit pièces de bois cylindriques,longues et flexibles, repose la caisse elle-même. Tout le système est supporté par ;deux trains; plus l’intervalle qui les sépare est grand, plus la voiture est com-mode. Un bon tarantass doit avoir au moins trois mètres d’écartement entre lesdeux essieux. 11 n’v a pas de siège : on dispose ses bagages comme on l'entend